Affaire Carlos Ghosn : La fuite de l’ancien patron de Renault est « injustifiable » pour le gouvernement japonais

REACTION C’est la première fois que le gouvernement de l’archipel s’exprime depuis l’annonce de la fuite au Liban de Carlos Ghosn

20 Minutes avec AFP

— 

La ministre japonaise de la justice, Masako Mori.
La ministre japonaise de la justice, Masako Mori. — Atsushi Taketazu/AP/SIPA

« Injustifiable » et criminelle : près d’une semaine après les faits, les autorités japonaises ont officiellement condamné dimanche la fuite de Carlos Ghosn au Liban. L’ancien patron de Renault et Nissan est arrivé lundi dernier au Liban dans des circonstances encore troubles, alors qu’il avait l’interdiction formelle de quitter le Japon, où il était en liberté sous caution depuis fin avril 2019, dans l’attente de son procès pour malversations financières présumées.

« Le système judiciaire pénal de notre pays dispose de procédures appropriées pour établir la vérité dans des affaires et il est administré correctement, tout en garantissant les droits humains fondamentaux. La fuite d’un accusé sous caution est injustifiable », a déclaré dans un communiqué la ministre japonaise de la Justice, Masako Mori. « Il est extrêmement regrettable que nous soyons arrivés à cette situation » a encore déploré la ministre. Elle a par ailleurs confirmé l’annulation de la caution de Carlos Ghosn et l’émission d’une « notice rouge » d’Interpol pour demander son arrestation.

Amnesty International critique le système judiciaire japonais

« Je ne suis plus l’otage d’un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité, où la discrimination est généralisée et où les droits de l’Homme sont bafoués », avait lancé mardi Carlos Ghosn depuis le Liban. Le magnat automobile déchu, ses proches et sa défense clament depuis le début son innocence sur toute la ligne et soutiennent qu’il a été victime d’un « complot » ourdi par Nissan pour le faire tomber, avec la complicité des autorités du pays.

Des organisations de défense des droits humains comme Amnesty International critiquent également depuis des années le système judiciaire japonais, très différent des systèmes occidentaux, basé selon eux sur la répétition des interrogatoires pour que l’accusé finisse par craquer. Le parquet de Tokyo, qui était chargé de l’enquête sur Carlos Ghosn, a lui aussi officiellement réagi dimanche pour la première fois à sa fuite au Liban, qu’il a qualifiée de « crime ». Les enquêteurs japonais redoutaient un tel scénario et c’est pourquoi ils s’étaient opposés à sa libération sous caution, ont-ils rappelé dans un communiqué.

« Serment » brisé

En fuyant à l’étranger, Carlos Ghosn a par ailleurs brisé le « serment » qu’il avait fait de rester dans le pays pour se défendre lors de son procès, ont rappelé les enquêteurs. « Il voulait échapper à la punition de ses propres crimes. Il n’y a aucune raison de justifier cet acte », ont-ils tranché. Carlos Ghosn, dont une conférence de presse à Beyrouth la semaine prochaine est très attendue, est soupçonné de s’être envolé dimanche dernier de l’aéroport international du Kansai, près d’Osaka (ouest du Japon) à bord d’un jet privé, puis d’en avoir pris un autre à Istanbul pour rejoindre aussitôt le Liban.

Selon les autorités turques, deux étrangers l’ont assisté dans son itinéraire jusqu’à Istanbul. Après l’interpellation jeudi de sept personnes en Turquie, dont quatre pilotes, cinq d’entre elles ont été placées en détention provisoire.