Mort de Soleimani : « Escalade », « inquiétude »… Les réactions internationales affluent après la mort du général iranien

TENSIONS « Le cycle de violence, de provocations et de représailles doit cesser » en Irak, a jugé Charles Michel, président du Conseil européen

L.Br.

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Des manifestants brandissent des photos de Soleimani en scandant des slogans contre les Etats-Unis et Israël, le 3 janvier 2020.
Des manifestants brandissent des photos de Soleimani en scandant des slogans contre les Etats-Unis et Israël, le 3 janvier 2020. — TAUSEEF MUSTAFA / AFP

Trois jours de deuil national ont été décrétés en Iran après la mort de l’influent général Qassem Soleimani, tué ce vendredi dans un raid américain à Bagdad. Il a été abattu par un tir de drone ordonné par le président Donald Trump, trois jours après une attaque inédite contre l’ambassade des Etats-Unis. L’annonce de sa mort a fait bondir les tensions entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient, alors que le reste du monde s’inquiète d’un embrasement.

L’Allemagne a exprimé vendredi sa « grande inquiétude ». « Nous sommes à un niveau dangereux d’escalade, et il est désormais important de contribuer à une désescalade avec prudence et retenue », a déclaré lors d’une conférence de presse une porte-parole de la chancellerie, Ulrike Demmer, appelant à la recherche de solutions « par la voie diplomatique ». Même ton au Royaume-Uni, où le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a réagi : « Nous avons toujours reconnu la menace agressive posée par la force iranienne Qods dirigée par Qassem Soleimani. Après sa mort, nous exhortons toutes les parties à la désescalade. Un autre conflit n’est aucunement dans notre intérêt », a déclaré le chef de la diplomatie britannique dans un communiqué.

Une frappe lancée sans le consentement du Congrès

Le président du Conseil européen Charles Michel, s’est également exprimé en faveur d’un retour au calme : « Le cycle de violence, de provocations et de représailles doit cesser » en Irak. « Une escalade doit être évitée à tout prix », a ajouté dans un tweet celui qui préside l’instance représentant les 28 Etats membres de l’UE.

Aux Etats-Unis, où le président a ordonné le tir mortel pour Qassem Soleimani, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo réaffirme que le pays veut « la désescalade ». Mais la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, craint « un point de non-retour ». « L’Amérique et le monde ne peuvent pas se permettre une escalade des tensions qui atteigne un point de non-retour ». L’élu de New York Eliot Engel pense à la suite : Qassem Soleimani « avait le sang d’Américains sur ses mains et je ne vais pas pleurer sa mort », écrit-il dans un communiqué, mais il se déclare « profondément inquiet quant aux répercussions » de cette opération. « Cette frappe a eu lieu sans notification ni consultation avec le Congrès », a poursuivi l’élu, ce qui « soulève de graves problèmes légaux et constitue un affront aux pouvoirs du Congrès ».

La Russie a mis en garde face aux conséquences de cet assassinat ciblé : « L’assassinat de Soleimani (…) est un palier hasardeux qui va mener à l’accroissement des tensions dans la région », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères, cité par les agences RIA Novosti et TASS. « Soleimani servait fidèlement les intérêts de l’Iran. Nous présentons nos sincères condoléances au peuple iranien », a-t-il ajouté.

Une agression américaine « lâche »

Au Moyen-Orient, le président irakien Barham Saleh a appelé « tout le monde à la retenue » alors que de nombreux commandants pro-Iran ont déjà appelé à se « tenir prêts » à riposter. Barham Saleh a condamné l'« agression » contre le puissant émissaire de Téhéran pour les affaires irakiennes et Abou Mehdi al-Mouhandis, son principal lieutenant tué avec lui. Mais il faut désormais que « la voix de la raison et de la sagesse l’emporte dans l’intérêt national suprême », a-t-il plaidé.

Le pouvoir syrien a dénoncé une « lâche agression américaine », a rapporté l’agence officielle Sana. La Syrie est certaine que cette « lâche agression américaine (…) ne fera que renforcer la détermination à suivre le modèle de ces chefs de la résistance », souligne une source du ministère des Affaires étrangères à Damas citée par Sana. Dénonçant des « méthodes de gangs criminels », ce communiqué juge que cette attaque constitue « une grave escalade pour la situation dans la région ». « Cette agression démontre une nouvelle fois la responsabilité des Etats-Unis dans l’instabilité que connaît l’Irak, dans le cadre de sa politique visant à susciter des tensions et à alimenter les conflits dans les pays de la région », selon le texte.

A l’annonce de la mort du général, les principales places boursières mondiales ont reculé tandis que le pétrole flambait, dans la crainte d’une confrontation violente entre les Etats-Unis et l’Iran.