Turquie: Le Parlement autorise Erdogan à déployer l'armée en Libye

INGERENCE Le président doit encore choisir entre envoyer des troupes ou simplement des conseillers militaires

20 Minutes avec AFP

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara le 2 janvier 2020.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara le 2 janvier 2020. — /AP/SIPA

C’est une mesure qui risque d’aggraver le conflit fratricide déchirant la Libye. Les députés turcs ont voté jeudi une motion permettant au président Recep Tayyip Erdogan d’y envoyer des militaires pour soutenir le gouvernement de Tripoli. Donald Trump a aussitôt mis en garde, dans une conversation téléphonique avec son homologue turc, contre toute « ingérence étrangère » susceptible de « compliquer » la situation en Libye.

Objectif : contrer l’offensive du maréchal Haftar

Au cours d’une session parlementaire extraordinaire, 325 députés ont voté pour et 184 contre la motion qui donne à l’armée turque un mandat, valable un an, pour intervenir en Libye. Reste à savoir désormais si le président Erdogan, auquel il appartient de décider, va effectivement dépêcher des troupes dans ce pays ou si le soutien militaire prendra une autre forme, comme l’envoi de « conseillers ».

Le gouvernement turc affirme agir en réponse à un appel à l’aide du Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, confronté à l’offensive du maréchal Haftar l’homme fort de l’Est. En fait, la Libye est devenue le théâtre d’une lutte d’influence entre deux camps : d’un côté, la Turquie et le Qatar, qui appuient le GNA, reconnu par l’ONU ; de l’autre, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte, qui soutiennent le maréchal Haftar. Le Caire a d’ailleurs « fermement » condamné le vote du Parlement turc, considérant qu’une intervention d’Ankara « aurait un impact négatif sur la stabilité de la Méditerranée ».

La décision turque « représente une menace dangereuse pour la stabilité régionale », ont également affirmé dans une déclaration commune le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président chypriote Nicos Anastasiades et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, réunis à Athènes.

Poutine en visite en Turquie mercredi

Même en Turquie, tout le monde ne voit pas d’un bon œil l’ingérence en Libye. Les principaux partis de l’opposition ont voté contre le texte adopté jeudi, arguant qu’une intervention pourrait déstabiliser la région et entraîner la Turquie, qui a perdu plusieurs dizaines de soldats en Syrie, dans un nouveau bourbier. Outre les difficultés propres au déploiement de troupes dans un pays qui n’est pas frontalier, contrairement à la Syrie où Ankara intervient actuellement, un déploiement en Libye s’accompagnerait d’un risque d’incidents avec la Russie.

Même si Moscou le dément, l’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, et le président Erdogan affirment que des mercenaires russes sont engagés aux côtés des forces du maréchal Haftar qui s’efforcent depuis avril de s’emparer de Tripoli. Le président Vladimir Poutine doit se rendre mercredi en Turquie pour inaugurer un gazoduc avec son homologue turc, l’occasion pour les deux dirigeants de parler du dossier libyen.