Réforme sur les retraites : Emmanuel Macron ne lâche rien, les syndicats non plus

BRAS DE FER La grève contre la réforme des retraites entre ce mercredi dans sa 28e journée, égalant le plus long blocage des transports depuis 1986-1987, sans que se profile un « compromis »

V. R. B. avec AFP

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Emmanuel Macron présente ses voeux pour la France, le 31 décembre 2019.
Emmanuel Macron présente ses voeux pour la France, le 31 décembre 2019. — MARTIN BUREAU / AFP

Le bras de fer s’annonce long et difficile. Mardi soir depuis l’Elysée, le président a plaidé « l’apaisement » plutôt que « l’affrontement » mais sans infléchir sa détermination à « mener à bien la réforme des retraites ». « Avec les organisations syndicales et patronales qui le veulent, j’attends du gouvernement d’ Edouard Philippe qu’il trouve la voie d’un compromis rapide » sur ce projet, a-t-il dit dans une allocution sobre de 18 minutes, où le secrétaire général de la CGT ne décèle « rien de nouveau ».

Philippe Martinez a dénoncé ce mercredi un discours « entendu mille fois » et « un président enfermé dans sa bulle qui considère que tout va bien dans le pays », sur le plateau de BFMTV. « Bien sûr », le numéro 1 de la CGT se dit prêt à se rendre au prochain rendez-vous de concertation à Matignon le 7 janvier, mais il « demande toujours d’arrêter le projet, donc le retrait ».

Même scepticisme chez FO. Yves Veyrier constate que le Président « n’a pas réussi » à convaincre en « deux ans et demi » et appelle à « manifester encore plus nombreux dès le 9 janvier ».

« Des vœux pour rien » ?

La CFDT, qui joue un rôle-clé puisque la première organisation syndicale est aussi la seule favorable sur le fond au système de retraites universel par points, n’a pas réagi aux vœux présidentiels. Son secrétaire général Laurent Berger a fait de l’âge pivot, en dessous duquel on ne pourra pas partir à la retraite avec une pension à taux plein, une « ligne rouge ». Emmanuel Macron n’a pas évoqué ce sujet mardi soir.

Pour Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, première organisation chez les enseignants, interrogé sur France Inter, ce sont « des vœux pour rien », où le Président « remouline toujours les mêmes éléments de langage ». Il « ne voit pas d’éléments qui pourraient constituer des portes de sortie ». Très présents dans les différents cortèges en décembre, les enseignants constituent également un élément-clé de la sortie de crise.

« Trouver un compromis »

Côté syndicat réformiste, Laurent Escure (Unsa) a toutefois « compris qu’il y avait quand même un signe d’ouverture sur ce que doit faire le Premier ministre avec nous pour essayer de trouver un compromis », à l’antenne de France Inter. Les discussions entre les partenaires sociaux et le Premier ministre devraient être très largement consacrées à la question de la pénibilité.

Sans prononcer le terme – dont on sait depuis le 3 octobre qu’il ne l'« adore pas, parce que ça donne le sentiment que le travail c’est pénible » –, le président a rappelé mardi que la réforme « prendra en compte les tâches difficiles, pour permettre à ceux qui les exercent de partir plus tôt, sans que cela soit lié à un statut ou à une entreprise ».

Vers une sortie de crise ?

Le gouvernement cherche des portes de sortie avec la CFTC et l’Unsa, et même avec la CFDT, autour d’une véritable reconnaissance de la pénibilité. Créé par la réforme des retraites de 2013, le compte pénibilité incluait à l’origine dix critères, dont le port de charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les agents chimiques dangereux mais ces quatre items ont été retirés fin 2017. « La dernière fois que j’ai vu le Premier ministre, il a dit non » à la réintégration des quatre critères, a assuré ce mercredi Philippe Martinez.

En attendant la réouverture des négociations, les Français devront composer avec des transports toujours perturbés. Pour le Jour de l’An, le trafic reste minimal à la SNCF avec un TGV sur trois annoncé, quatre TER sur dix, un Transilien sur cinq et un Intercité sur dix. Une amélioration sera perceptible jeudi, et surtout le week-end de retour des vacances, où la SNCF compte faire rouler 2 TGV sur 3. Coté RATP, trafic également toujours « très perturbé » avec 8 lignes de métro totalement fermées.

La situation pourrait encore se compliquer à compter du 7 janvier avec le durcissement du blocage des raffineries : la Fédération CGT de la Chimie appelle à renforcer le mouvement, en bloquant toutes les installations pétrolières – raffineries, terminaux pétroliers, dépôts – pendant 96 heures, jusqu’au 10 janvier. Thierry Defresne, délégué syndical central chez Total, évoque même un éventuel arrêt de production, lors de la mobilisation interprofessionnelle du 9 janvier.

Le projet de loi de réforme des retraites doit être présenté en Conseil des ministres le 22 janvier.