Sahel : L’armée française déploie ses drones armés face aux djihadistes

OFFENSIVE Paris rejoint ainsi le club restreint des pays utilisant des drones armés, parmi lesquels les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël

20 Minutes avec AFP

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Le drone français
Le drone français — Daphné BENOIT / AFP

Après plusieurs années d’expérimentations, la France dispose désormais de drones armés pour traquer les djihadistes au Sahel, a annoncé l’armée française, qui a indiqué avoir achevé de tester l’armement de ces appareils pilotés à distance par des aviateurs.

Chargés depuis 2014 d’observer les groupes armés au Sahel et de collecter du renseignement, les trois drones américains Reaper actuellement déployés dans le cadre de l’opération française Barkhane peuvent désormais faire feu sur des ennemis identifiés au sol, à l’instar des avions de combat qui sillonnent l’immense zone désertique.

Vingt-quatre drones en 2030

Un nouvel atout, alors que la situation ne cesse de se dégrader au Sahel, en particulier dans la zone dite des « trois frontières » entre Mali, Niger et Burkina Faso, en dépit de la mobilisation des 4.500 militaires français de Barkhane. Paris rejoint ainsi le club restreint des pays utilisant des drones armés, parmi lesquels les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël. « L’intérêt, c’est que quand vous êtes en train de surveiller une zone, si vous identifiez des ennemis et qu’il y a un besoin urgent de traiter cette cible, le drone armé va pouvoir le faire », a expliqué le chef d’état-major de l’armée de l’Air, le général Philippe Lavigne.

« Le drone ne remplace en aucun cas un avion de chasse et sa réactivité, mais il a l’avantage de la discrétion et de l’endurance » avec une autonomie de vol de 20 heures, à une altitude comprise entre 7.000 et 13.000 mètres d’altitude, détaille-t-il. L’armée française recevra l’an prochain six Reaper supplémentaires, équipés de missiles américains Hellfire guidés par GPS. Le parc de drones doit monter à 12 en 2025, puis 24 en 2030. Leur usage sera strictement encadré par la France, insistent les autorités.

« Des frappes inappropriées, c’est 50 recrues de plus » pour les groupes armés

Le sujet est sensible : l’intense campagne d'« assassinats ciblés » menée par les Etats-Unis à l’aide de drones en Afghanistan, au Pakistan ou au Yémen, a été régulièrement accusée de bafouer l’éthique et de « déshumaniser » la guerre. « Il s’agit d’une nouvelle capacité, pas d’un changement de doctrine. Les règles d’engagement des drones armés sont exactement les mêmes que celles des avions de chasse », pour les équipages – un pilote, un opérateur capteur, un interprète d’images et un officier de renseignement –, a insisté jeudi la ministre des Armées Florence Parly.

« L’homme est toujours dans la boucle : c’est l’homme qui décide d’utiliser cette capacité ou non », fait valoir le général Lavigne. Mais certains militaires français semblent encore éprouver quelques réserves. « Des frappes inappropriées, c’est 50 recrues de plus » pour les groupes armés, avertit un haut gradé de Barkhane en appelant au discernement dans l’usage de cet outil, pour « vaincre sans perdre notre âme ». Alors que la dégradation sécuritaire s’accélère au Sahel, les drones armés n’offriront pas de solution miracle, prévient un autre officier. « Il est impossible de tout surveiller dans cette zone vaste comme l’Europe. Dans un drone, on voit comme dans une paille. S’il se passe quelque chose à 20km de l’endroit surveillé, on le rate ».