Le pape lève le secret pontifical sur les agressions sexuelles et accepte la démission d’un ambassadeur du Vatican accusé par trois hommes

PEDOPHILIE Le pape François a fait de la lutte contre les agressions sexuelles commises dans l’Eglise une de ses priorités

20 Minutes avec AFP

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Le pape François le 25 novembre 2019 à Tokyo.
Le pape François le 25 novembre 2019 à Tokyo. — PIERRE EMMANUEL DELETREE//SIPA

Le pape François a levé le secret pontifical sur les dénonciations d' agressions sexuelles, ainsi que sur les procès et verdicts dans ce domaine, a annoncé mardi le Vatican, tout en maintenant un minimum de confidentialité.

Le pape, qui a fait de la lutte contre les agressions sexuelles commises dans l’Eglise catholique une des priorités de son pontificat, fait ainsi un pas supplémentaire sur ce sujet, éliminant toute ambiguïté sur la portée du secret pontifical.

Les « instructions » signées par le pape ont pour objectif « de préciser le degré de confidentialité avec lequel il faut gérer les informations et les plaintes concernant les abus sexuels » commis par des religieux, explique Mgr Juan Ignacio Arrieta, membre du Conseil pontifical pour les textes législatifs, cité dans un communiqué du Vatican. Plus direct, Giuseppe Dalla Torre, ex-président du Tribunal de l’Etat de la Cité du Vatican, affirme que « le pape François abolit le secret pontifical pour les cas d’abus sexuels », selon le même communiqué.

Plus de secret, mais une attention particulière

Le secret pontifical, également appelé parfois secret du pape, est une règle de confidentialité protégeant les informations sensibles relatives à la gouvernance de l’Église universelle, selon la définition du site Le forum catholique.

« En substance, les raisons qui avaient conduit le législateur ecclésiastique à introduire, parmi les matières sujettes au secret pontifical, les délits les plus graves » comme les agressions sexuelles « cèdent le pas face à des valeurs qui sont considérées aujourd’hui comme plus élevées et dignes d’une protection particulière », comme « la primauté de la personne humaine blessée », ajoute Giuseppe Dalla Torre. Même s’il lève le secret pontifical, le pape argentin impose cependant un minimum d’attention, exigeant que « les informations » sur ces cas soient « traitées de manière à garantir la sécurité, l’intégrité et la confidentialité (…) afin de protéger la bonne réputation, l’image et la vie privée de toutes les personnes concernées ». Ceci ne veut pas dire censure, souligne le pape : « aucune obligation de silence concernant les faits en cause ne peut être imposée à ceux qui les dénoncent, à la personne qui affirme en être la victime et aux témoins », assure François.

Le pape accepte la démission d’un ambassadeur du Vatican accusé d’agressions sexuelles

Par ailleurs, ce mardi, le pape François a accepté la démission pour limite d’âge de l’ambassadeur du Vatican en France, l’Italien Mgr Luigi Ventura, accusé d’agressions sexuelles à Paris ​, et dont le Saint-Siège avait levé l’immunité diplomatique. Mgr Ventura est visé par les plaintes de quatre hommes, dont trois au moins l’accusent d’attouchements sexuels. Il avait été entendu par la police judiciaire française début avril et s’était rendu à des confrontations avec plusieurs de ces plaignants fin mai, au cours desquelles il avait nié les faits.

Le 8 juillet, le Saint-Siège avait levé l’immunité de Mgr Ventura – une première dans l’histoire moderne de la diplomatie vaticane –, rendant possible d’éventuelles poursuites judiciaires. L’affaire avait éclaté en février avec la révélation de l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris, dans un contexte de multiples scandales sexuels touchant l’Eglise catholique.

La Mairie de Paris avait signalé au parquet qu’un jeune cadre municipal s’était plaint d’attouchements répétés du nonce apostolique – des « mains aux fesses » – lors d’une cérémonie des vœux aux autorités diplomatiques, en janvier à l’hôtel de Ville. Deux autres plaignants s’étaient ensuite manifestés et avaient relaté des faits similaires en 2018. Diplomate de carrière du Vatican, Mgr Ventura occupait le poste de nonce apostolique depuis 2009 à Paris. Il était à ce titre chargé des relations du Saint-Siège avec les autorités françaises d’une part, et avec les évêques de France d’autre part.