Pakistan : L’ex-président Pervez Musharraf condamné à mort par contumace pour « haute trahison »

TRAHISON L'armé pakistanaise a rapidement dénoncé cette condamnation à mort

20 Minutes avec AFP

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L'ancien président pakistanais Pervez Musharraf arrive à son procès à Islamabad le 17 décembre 2019.
L'ancien président pakistanais Pervez Musharraf arrive à son procès à Islamabad le 17 décembre 2019. — Anjum Naveed/AP/SIPA

L’armée pakistanaise a dénoncé ce mardi un déni de justice après la condamnation à mort par contumace pour « haute trahison » de l’ex-président Pervez Musharraf, en exil à Dubaï. En effet, l’ex-président du Pakistan Pervez Musharraf a été condamné à mort par contumace mardi pour « haute trahison », a annoncé la radio publique, une première dans un pays où l’armée est souvent considérée comme à l’abri des poursuites.

« La procédure légale régulière semble avoir été ignorée », a réagi dans un communiqué le service de communication de l’armée, qui critique notamment « le déni du droit fondamental à la défense » du général et une affaire conduite selon elle « dans la précipitation ». Pervez Musharraf « ne peut assurément jamais être un traître », insiste l’armée, qui ajoute que le verdict a causé « beaucoup d’angoisse et de douleur » dans ses rangs.

Pourquoi Musharraf a-t-il été condamné ?

La condamnation de ce personnage central de l’histoire récente du Pakistan a trait « à la décision qu’il a prise le 3 novembre 2007 », soit la mise en place de l’état d’urgence dans le pays, a déclaré à l’AFP son avocat, Akhtar Shah. L’ex-président « n’a rien fait de mal », a-t-il souligné. Pervez Musharraf avait alors invoqué la défense de l’unité nationale face au terrorisme islamiste et l’opposition de la Cour suprême, qui devait se prononcer sur la légalité de sa réélection un mois plus tôt, pour suspendre la Constitution. « Le terrorisme et l’extrémisme sont à leur apogée », avait justifié le général, qui s’en était également pris au « militantisme judiciaire ».

Cette mesure très impopulaire, levée en décembre 2007, avait fini par causer sa chute moins d’un an plus tard. « Il avait l’immunité. Il était le chef d’état-major, il était le président du Pakistan et le commandant suprême des forces armées », a observé ce mardi son avocat Akhtar Shah.

Un pas vers la démocratie ?

Début décembre, une vidéo avait circulé montrant Pervez Musharraf dans un lit d’hôpital, où il se plaignait de « vertiges » et racontait s’être « évanoui ». « Cette affaire est sans fondement », avait-il lancé d’une voix faible. « J’espère obtenir justice ». Talat Masood, un général en retraite et analyste sécuritaire, a qualifié le verdict d'« extraordinaire », quand l’armée est toute-puissante au Pakistan, qu’elle a gouverné près de la moitié de ses 72 ans d’existence. Cette décision aura « un grand impact sur l’évolution démocratique du Pakistan », a-t-il estimé.

L'ONG Amnesty international a qualifié d'« encourageant » le fait que le Pakistan « en finisse avec une histoire d’impunité pour les puissants généraux », tout en rappelant son opposition à la peine capitale, qui accorde « vengeance, non justice ». Aujourd’hui âgé de 76 ans, le général Musharraf était parvenu au pouvoir par un coup d’Etat sans effusion de sang en octobre 1999, puis s’était autoproclamé président en juin 2001, avant de remporter en avril 2002 un référendum controversé. Il était resté à la tête du Pakistan jusqu’en 2008.

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