Allemagne : La castration des porcs soumise à la justice

ANIMAUX L’ONG Peta a déposé un recours constitutionnel contre la castration à vif des porcs en Allemagne

J.-L.D. avec AFP

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Un cochon (Illustration)
Un cochon (Illustration) — Pixabay

Saisie par une association, la Cour constitutionnelle allemande va se pencher sur la castration à vif des porcelets, une pratique très répandue dans les élevages du pays mais qui soulève une contestation croissante en Europe.

L’organisation de protection des animaux Peta a déposé mi-novembre un recours constitutionnel contre ce procédé destiné à éviter la mauvaise odeur dégagée par la viande de certains porcs mâles.

Les cochons ont-ils des droits individuels ?

Effectuée sans anesthésie sur les porcelets de moins de huit jours, la castration cause une intense douleur aux animaux. Procédure inédite, l’ONG a saisi la justice en tant que représentante des porcs, dont elle estime les droits « bafoués » : elle demande par ce biais aux juges de leur reconnaître des droits individuels.

« Des entités non strictement humaines, comme des entreprises ou des associations bénéficient d’une personnalité juridique. Pourquoi donc ne pas l’accorder aux animaux ? », argumente l’avocate de l’association, Cornelia Ziehm.

Protège ton porc

Pour Peta, le droit allemand, qui permet à « tout un chacun » («jedermann ») de demander la protection en justice de ses droits, ouvre la voie à cette reconnaissance, dans la mesure où la Constitution impose à l’Etat fédéral de « protéger les animaux » par responsabilité pour les « générations futures ».

« Aucun droit individuel n’est accordé aux animaux​ » dans ce texte, estime toutefois Jens Bülte, professeur spécialiste en droit des animaux à l’université de Mannheim. L’idée de donner une personnalité juridique aux êtres vivants non-humains a fait son chemin ces dernières années, à la faveur du développement du mouvement anti-spéciste.

Une interdiction de la castration sans anesthésie adopté dès 2013

Selon ses défenseurs, elle leur assurerait une meilleure protection devant les tribunaux, une notion qui commence d’ailleurs à dépasser les cercles militants. Mais la requête de Peta a « peu de chances d’aboutir » car « la loi fondamentale est largement tournée vers la protection des droits humains » prédit le professeur Jens Bülte.

En 2013, les députés du Bundestag ont adopté une interdiction de la castration des porcs sans anesthésie au 1er janvier 2019, avant de décider, fin 2018, de la reporter à 2021. Les parlementaires de la coalition au pouvoir, du SPD (sociaux-démocrates) et de la CDU (chrétiens démocrates), pointaient à l’époque du doigt « le manque d’alternatives concrètes » à ce procédé.

Le coût en question

Les pistes avancées pour remplacer la castration à vif (anesthésie locale, détection des carcasses odorantes à l’abattoir, sélection génétique) ne « répondent pas pour le moment aux exigences de la pratique », regrettaient les députés.

Une décision saluée par les organisations agricoles, qui demandaient plus de temps pour s’adapter, craignant une forte hausse des coûts de production mettant en danger les élevages face à la concurrence internationale, pour une filière déjà en difficulté économique.

Certains pays européens ont déjà mis fin à la castration des porcelets, comme la Norvège, la Suisse et la Suède.