Querelles de chapelles au parti républicain

USA 2008 Sur fond de désaccord autour de Sarah Palin, le parti républicain cherche à refonder sa stratégie.

Gilles Bouvaist

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A quoi ressemblera l'éléphant symbole du parti républicain en novembre? Avant même le dénouement de l'élection, le débat a commencé pour réconquérir l'image du parti.
A quoi ressemblera l'éléphant symbole du parti républicain en novembre? Avant même le dénouement de l'élection, le débat a commencé pour réconquérir l'image du parti. — DR
De notre correspondant à New York
USA2008
Au crépuscule d’une campagne qui sent le roussi, les règlements de comptes sont inévitables. Elle a déjà commencé au sein de la campagne McCain/Palin où la recherche de coupables et les accusations de jouer «perso» entre le camp du candidat et celui de sa colistière ont déjà filtré dans la presse.
Mais au sein du parti républicain, les grandes manœuvres ont également démarré pour redéfinir l’identité fortement discréditée du mouvement conservateur.

Sarah Palin désavouée

Signe d’une remise en cause, la nomination de Sarah Palin a suscité de cinglants désaveux de la part d’intellectuels proches du parti. Plusieurs commentateurs se sont élevés contre son choix. Comme David Brooks, chroniqueur du New York Times et ancien membre de la New America Foundation, qui aida à théoriser la nécessité d’une intervention américaine en Irak: il a qualifié Palin de «cancer» pour le parti républicain.

David Frum, l’une des plumes des discours de Bush, s’est également fait très critique contre le choix de Palin, le qualifiant de «cynique»: «Si la décision vous appartenait et que vous avez choisi de “mettre votre pays en premier”, choisiriez-vous comme vice-président la maire inexpérimentée d’une petite ville à un battement de cœur de la présidence?» D’autres, plus jeunes (comme Reihan Salam –interviewé par 20minutes.fr– ou Ross Douthat) et favorables à une intervention modérée du gouvernement, se sont également montrés sceptiques sur la gouverneure de l’Alaska.

Si ces querelles échappent au grand public, elles signalent néanmoins que l’idéologie du parti républicain qui mise, depuis 1980 et Ronald Reagan, sur le leitmotiv «moins de gouvernement = moins de problème», a du plomb dans l’aile. Ce qui n’empêche pas une partie du parti républicain de vouloir se replier sur sa base la plus conservatrice.

Exclure les plus modérés

Les premières escarmouches ont eu lieu lors du vote au Congrès du plan de sauvetage financier auquel nombre de représentants républicains se sont opposés. Pour eux, l’interventionnisme massif du gouvernement sous la houlette de George W. Bush signe l’arrêt de mort de leur parti. Celui-ci, estiment-ils, doit revenir aux fondamentaux et prôner un marché tout puissant capable de surmonter sans régulations ses propres problèmes. Ils ne se sentent plus liés, ni à George W. Bush, ni à John McCain.

Au plan des idées, la question est aussi revenue sur le devant de la scène via des personnalités comme Rush Limbaugh, animateur radio conservateur très écouté par le parti. Selon lui, l’échec de McCain dans sa tentative de rassembler électeurs indépendants et de centre gauche, pas convaincus par Obama, prouve qu’il est temps de serrer les rangs. Il prône la refondation du parti en excluant les tenants d’une ligne plus modérée.
Pour ce côté-ci du parti républicain, Sarah Palin représente l’avenir d’un parti centré sur les valeurs conservatrices pures et dures de la droite religieuse – l’opposition à l’avortement et au mariage gay, le droit au port d’armes, notamment – et une dénonciation impitoyable du parti démocrate.

Le sort des uns et des autres dépendra des élections au Congrès. En cas de large victoire des démocrates, on assisterait à un réalignement majeur de l’opinion publique américaine. D’ores et déjà, quelques-uns –comme David frum, évoqué plus haut– prône aux républicains d’oublier les élections présidentielles et de se concentrer sur les élections au Congrès qui auront également lieu le 4 novembre afin de sauver les meubles et d’éviter une traversée du désert à leur parti face à un parti démocrate qui aurait les mains libres pour faire passer en bloc un agenda plus progressiste.