«La menace d'attentat ou d'assassinat est à son maximum» pour Obama

DECRYPTAGE Après l'arrestation de deux néonazis américains, 20minutes.fr fait le point sur les risques encourus par le candidat démocrate...

Maud Descamps et Julien Ménielle

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Selon NBC news, M. Obama est en tête dans suffisamment d'Etats pour emporter les 270 des 538 grands électeurs du Collège électoral qui lui garantissent l'accès au bureau Ovale.
Selon NBC news, M. Obama est en tête dans suffisamment d'Etats pour emporter les 270 des 538 grands électeurs du Collège électoral qui lui garantissent l'accès au bureau Ovale. — Emmanuel Dunand AFP

Sa rivale Hillary Clinton l'avait suggéré, la Nobel de littérature 2007 Doris Lessing le prédisait, deux néonazis américains s'y préparaient. Barack Obama risque-t-il vraiment de se faire assassiner? 20minutes.fr a posé la question à deux spécialistes, Jean-Yves Camus, politologue, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et François Durpaire, auteur de «Les présidents américains face à la Nation: l'unité réinventée» (Hellipse).

Le candidat démocrate est-il bien protégé?
Pour François Durpaire, la menace d'assassinat est prise très au sérieux par les services secrets américains. Barack Obama est d'ailleurs protégé depuis an. «C'est le seul candidat à avoir été protégé aussi tôt dans la campagne, rappelle-t-il, avant même d'avoir été investi par son propre parti.» Selon lui, ce que craignent les services secrets, ce ne sont pas les complots qui comptent plusieurs acteurs, mais «les actes isolés, qui sont tout à fait imprévisibles».

L'extrême droite américaine est-elle vraiment une menace?
Même si le Ku Klux Klan a explosé en de multiples factions, sans coordination ni centralisation, Jean-Yves Camus estime que l'extrême droite représente un réel risque. Selon lui, «les grandes organisations pyramidales sont devenues trop facilement infiltrables», mais la nouvelle pratique de «leaderless resistance» (résistance sans chef) est plus difficile à maîtriser. «Les groupuscules isolés utilisent la tactique du “loup solitaire“, explique-t-il, un peu à la manière d'Al-Qaida». Pour Jean-Yves Camus, «les Hate groups sont un danger. En 2000, le SPL Center en recensait 600. Aujourd'hui, on estime qu'ils sont 888». Daniel Cowart, l'un des deux néonazis arrêtés dans le Tennessee, fait d'ailleurs partie de l'un d'entre eux, appelé «Supreme White Alliance» et fondé en 2008.

Quand le danger sera-t-il le plus grand?
«Protéger un candidat ou un président est très différent», souligne François Durpaire. Il estime en effet qu'il est plus difficile de protéger un candidat en campagne. «Barack Obama passe son temps à serrer des mains, à taper sur des épaules, à prendre des bains de foule, explique le spécialiste. Il est donc impossible d'assurer une sécurité totale.» Mais si le candidat démocrate est élu à la Maison Blanche, la donne sera complètement différente: «En tant que Président, Barack Obama pourra être protégé beaucoup plus facilement puisque le contact avec les partisans ou les citoyens américains sera moindre.» C'est donc maintenant, à quelques jours du scrutin, que «la menace d'attentat ou d'assassinat est à son maximum.

Quel est l'impact de cette situation sur l'électorat de Barack Obama?
François Durpaire juge qu'«il est difficile de mesurer l'impact du danger qui règne autour de Barack Obama sur son électorat». Il affirme cependant qu'«on sait, par exemple, que certains noirs ne voteront pas pour le candidat démocrate afin de le protéger en l'éloignant d'une surexposition médiatique». Il rappelle qu'aux Etats-Unis, «le souvenir des assassinats de JFK et de Luther King sont encore très présents dans les esprits». Une crainte qui dépasse même la communauté noire, et qui, selon lui, «est présente dans l'ensemble de la société américaine». Cela s'est vérifié, il y a quelques mois, «lorsque Hillary Clinton a déclaré que Barack Obama pouvait être victime d'un attentat. Ses propos avaient été très mal perçus par les Américains», rappelle François Durpaire.