Climat, budget, Brexit... Un premier sommet européen périlleux pour Charles Michel et Ursula von der Leyen

DIPLOMATIE Le dernier sommet européen de l’année sera aussi le premier de Charles Michel, nouveau patron du Conseil européen, et d’Ursula von der Leyen, nouvelle présidente de la Commission européenne

20 Minutes avec AFP

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Le président du Conseil européen, Charles Michel et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 19 novembre 2019 à Bruxelles.
Le président du Conseil européen, Charles Michel et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 19 novembre 2019 à Bruxelles. — FRANCOIS LENOIR / POOL / AFP

Budget de l’UE, stratégie climatique à long terme, ou encore relations avec le Royaume-Uni après le Brexit… Les dirigeants européens se retrouvent, ce jeudi et vendredi, à Bruxelles pour leur dernier sommet de l’année.

Mais ce sera aussi le premier sommet de Charles Michel, nouveau patron du Conseil européen, et d’Ursula von der Leyen, qui viendra défendre les positions de la Commission. La réunion se tiendra à 27 : le Premier ministre britannique Boris Johnson ne fera pas le déplacement en raison des élections législatives anticipées au Royaume-Uni.

Fixer l’objectif de « neutralité carbone »

Avec un Brexit prévu fin janvier et un traité de retrait toujours en attente d’être ratifié, le résultat sera évidemment scruté par les dirigeants européens. D’autant que vendredi, un débat est prévu pour déterminer les priorités des 27 dans les négociations à venir sur la future relation avec Londres, en particulier commerciale. Selon un projet de conclusions, les 27 devraient inviter la Commission à entamer les discussions « immédiatement » après le départ des Britanniques. Jeudi, les chefs d’Etat et de gouvernement européens vont tenter de se mettre d’accord sur la date de 2050 pour se fixer un objectif de « neutralité carbone ».

Cette « neutralité climatique » consiste à réduire au maximum les émissions de C02 et compenser le reste par des dispositifs d’absorption (par les sols et les forêts, par la technologie). En juin, l’UE n’avait pas réussi à trouver l’unanimité. Trois pays, encore très dépendants des énergies fossiles, en particulier le charbon, résistent par crainte d’une transition énergétique douloureuse, en particulier sur le plan social : la Pologne, la Hongrie et la République tchèque.

Une « loi climatique » unique pour l’Union européenne

Le débat se tiendra au lendemain de la présentation du « Pacte vert » de la Commission européenne, promesse de campagne d’Ursula von der Leyen qui va se décliner au fil des prochains mois en de multiples propositions législatives. Au cœur de ce pacte, une « loi climatique » unique en son genre, a promis l’Allemande, qui inscrirait dans le marbre cet objectif de 2050. Cette proposition de loi pourrait être dévoilée fin février. Elle serait précédée par une proposition sur un « mécanisme de transition juste », une disposition très attendue par les pays les plus en retard dans la transition.

La Pologne « veut des estimations très concrètes sur les sommes » nécessaires pour atteindre la neutralité carbone, a expliqué un diplomate européen, un point « décisif » dans la discussion. De fait, le défi climatique est dépendant de l’argent que l’Union européenne va y consacrer. Or, la discussion sur le budget à long terme ne fait que débuter : à l’agenda des dirigeants, jeudi également, le cadre financier pour la période 2021-2027 promet des débats agités. La proposition de la Commission, qui remonte à mai 2018, avait déjà irrité de nombreuses capitales.

Le futur budget de l’UE au cœur des négociations

La « boîte à outils » proposée la semaine passée par la présidence finlandaise pour les négociations a ravivé les dissensions. Ursula von der Leyen s’est dite « inquiète » des « coupes drastiques » proposées, particulièrement dans les secteurs pouvant être affectés comme Frontex (agence européenne de garde-frontières), la défense, le numérique et les « efforts pour verdir l’économie ». Le futur budget de l’UE doit concilier la perte financière liée au départ du contributeur britannique et de nouvelles priorités (climat, sécurité, défense). Sans compter les défenseurs des politiques historiques de l’Union, l’agriculture et la cohésion, dans lesquelles la Commission Juncker voulait tailler pour trouver des économies.

La Finlande a proposé un budget avec des contributions nationales se montant à 1,07 % du revenu national brut européen, contre 1,114 % proposé par la Commission. Une source européenne a dit s’attendre à un « massacre » lors de ces premières discussions, sous la houlette de Charles Michel. « On sait qu’on n’aura pas un accord jeudi, on sait néanmoins qu’il faut qu’on pose des jalons, qu’on avance, et qu’on puisse avant le printemps avoir un accord », a expliqué Amélie de Montchalin, ce qui permettra d’entamer les négociations avec le Parlement européen.