Elon Musk n’a pas diffamé le spéléologue britannique en le traitant de « pedo guy »

JUSTICE Le patron de Tesla a été acquitté dans son procès en diffamation après un clash lié au sauvetage des enfants thaïlandais piégés dans une grotte inondée en 2018

P.B.

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Le patron de Tesla Elon Musk à sa sortie du tribunal, à Los Angeles, le 6 décembre 2019.
Le patron de Tesla Elon Musk à sa sortie du tribunal, à Los Angeles, le 6 décembre 2019. — Apu Gomes / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Des propos insultants mais pas diffamatoires. C’est en substance l’avis d’un jury de Los Angeles, qui a acquitté Elon Musk, vendredi, après une petite heure de délibération. Le patron de Tesla était poursuivi en diffamation par un spéléologue britannique qui avait joué les intermédiaires dans l’opération de sauvetage des enfants thaïlandais piégés dans une grotte inondée, en 2018.

Vexé par les critiques de Vernon Unsworth contre son mini-sous-marin et une opération qualifiée de « coup de pub », Musk l’avait traité de « pedo guy » (mec pédophile), sur Twitter, où il a 30 millions de followers. « J’ai retrouvé foi en l’humanité », a lancé à des journalistes le milliardaire à l’issue de l’audience. Unsworth s’était dit « humilié et sali » à vie après avoir « été désigné publiquement comme un pédophile ». Il réclamait 190 millions de dollars de dommages et intérêts.

« Il peut se mettre son sous-marin là où ça fait mal »

En juillet 2018, douze enfants thaïlandais et leur entraîneur de foot s’étaient retrouvés pris au piège d’une cave inondée pendant 18 jours. Une course contre-la-montre s’était engagée, mobilisant des sauveteurs internationaux. Elon Musk avait offert ses services, testant en piscine un mini-sous-marin destiné à être guidé par deux plongeurs pour évacuer les enfants un à un.

Vernon Unsworth, un spéléologue britannique habitant en Thaïlande, avait critiqué dans une interview télévisée un « coup de pub » d’Elon Musk. Selon l’expert, le tube métallique rigide de 170 cm de long « n’aurait jamais pu passer les obstacles » du réseau de tunnels, concluant : Elon Musk « peut se mettre son sous-marin là où ça fait mal. » Piqué au vif, le milliardaire avait rétorqué sur Twitter, jurant de prouver son concept, terminant son message par « Sorry pedo guy ».

50.000 dollars versés à un faux détective privé

L’affaire ne se résumait pas à ce simple tweet. Dans un email envoyé à BuzzFeed, Elon Musk avait assuré par la suite – sans apporter aucune preuve – que le spéléologue était un « violeur d’enfants », l’accusant d’avoir une relation avec une « femme-enfant qui avait 12 ans lors de leur rencontre ».

Selon des documents judiciaires, ces allégations venaient en fait d’un prétendu détective privé, qui avait contacté Elon Musk en affirmant avoir des informations compromettantes sur le spéléologue. Le patron de Tesla lui a versé 50.000 dollars mais le détective privé était en fait un escroc. La compagne de Vernon Unsworth, qui avait contacté le Daily Mail, est en fait âgée de 40 ans et en avait 33 lors de leur rencontre.

Si Elon Musk a échappé à une condamnation, c’est parce qu’il est extrêmement difficile de gagner un procès en diffamation aux Etats-Unis, où la liberté d’expression est protégée par le premier amendement : il faut prouver qu’une personne a agi avec « malveillance » et savait que ses accusations étaient fausses au moment des faits.