Japon : Des femmes se battent pour le droit de porter des lunettes au travail

JAPON Certaines sociétés japonaises imposent aux femmes de porter des lentilles de contact

M.C. avec AFP

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Certaines entreprises nippones demande aux employées de ne pas porter de lunettes (illustration).
Certaines entreprises nippones demande aux employées de ne pas porter de lunettes (illustration). — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • L’actrice et auteure Yumi Ishikawa a porté la voix de celles qui dénonçaient l’obligation faite, à beaucoup de femmes japonaises, de porter des talons sur leur lieu de travail.
  • Elle s’attaque à présent à un autre code de la culture d’entreprise nipponne : l’interdiction du port de lunettes pour les femmes.
  • Mais les progrès espérés sont loin d’être au rendez-vous.

Elle avait été l’une des premières à s’emparer du hashtag #MeToo au Japon, ce qui lui a valu de violentes attaques sur les réseaux sociaux. Elle a ensuite porté la voix de celles qui dénonçaient l’obligation faite, à beaucoup de femmes japonaises, de porter des talons sur leur lieu de travail. Et ce grâce à la campagne KuToo, jeu de mots sur les mots « kutsu » (chaussures) et « kutsuu » (douleur).

L’actrice et auteure Yumi Ishikawa s’attaque à présent à d’autres codes de la culture d’entreprise nipponne, dont l’interdiction du port de lunettes par les femmes. Certaines sociétés japonaises demandent en effet aux femmes de porter des lentilles de contact, notamment en présence des clients, arguant que cela fait « meilleure impression ».

Le néologisme KuToo, que Yumi Ishikawa avait largement contribué à diffuser, a acquis sa place ce lundi dans le classement 2019 des mots qui ont marqué l’année écoulée au Japon. Sa nouvelle pétition sur les lunettes, déposée mardi au ministère du Travail, a déjà récolté 31.000 signatures.

« La racine du problème, c’est que [certaines entreprises] ont des règlements applicables seulement aux femmes, comme l’interdiction des lunettes ou l’obligation d’utiliser des cosmétiques, des règles qui sont excessives », a expliqué Yumi Ishikawa à la presse. Pour elle, « ces pratiques doivent être revues ».

« Une opinion parmi d’autres »

Les progrès sur ce combat sont cependant poussifs, a-t-elle déploré. Après le dépôt, en juin dernier, d’une pétition au gouvernement pour exiger une loi qui qualifierait de harcèlement l’exigence pour les femmes de porter des chaussures à talons, « nous avons été choquées de constater qu’il n’y avait aucune mention des talons hauts » dans le projet de règlement du gouvernement rendu public en octobre.

Un responsable du ministère du Travail ayant reçu la pétition a assuré qu’elle serait « examinée comme une opinion parmi d’autres » avant qu’une décision finale soit prise via de nouveaux règlements gouvernementaux pour lutter contre le harcèlement sur les lieux de travail.

« Une expression de froideur »

Une jeune femme de 28 ans interrogée par l’Agence France Presse raconte qu’il lui a été demandé de ne pas porter de lunettes, le manuel de son entreprise précisant qu’elles donnaient « au visage une expression de froideur ». Elle dit porter des lunettes depuis plus de dix ans et s’inquiéter d’une possible aggravation de son syndrome de l’œil sec.

Le responsable d’une agence de travail temporaire confie quant à lui qu’il reçoit « de certaines entreprises des demandes de réceptionnistes s’abstenant de porter des lunettes », une exigence à laquelle s’ajoute souvent l’interdiction de se teindre les cheveux, qui « doivent être noirs ».