UE : Jean-Claude Juncker quitte la présidence de la Commission européenne ce dimanche

RELAIS C’est ce 1er décembre que la nouvelle Commission européenne prend ses fonctions

20 Minutes avec AFP

— 

Jean-Claude Juncker, lors de sa conférence de presse de départ de la Commission européenne.
Jean-Claude Juncker, lors de sa conférence de presse de départ de la Commission européenne. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Jean-Claude Juncker remet ce dimanche les clefs de la présidence de la Commission européenne à l’Allemande Ursula von der Leyen et solde les comptes avec des Etats membres, pas toujours à la hauteur des défis. Le Luxembourgeois est connu et redouté pour son franc-parler. Il a dit, dans ses nombreux entretiens, avoir été déçu par les pressions exercées par certains chefs et cheffes d’Etat et de gouvernement pour « éjecter » la Grèce de la zone euro et par le manque de solidarité face aux drames des réfugiés syriens et des migrants.

Ministre des Finances du Grand Duché de 1989 à 2009 puis Premier ministre du Luxembourg pendant dix-huit ans, du 20 janvier 1995 au 4 décembre 2013 (il a cumulé les deux fonctions jusqu’en 2009), Jean-Claude Juncker, 64 ans, était le dernier des architectes du traité de Maastricht (1992) encore en fonction. « J’ai souvent dit que l’euro et moi sommes les seuls survivants du traité de Maastricht. L’euro reste le seul », a-t-il ironisé vendredi lors de sa dernière conférence de presse.

Attachant et surprenant

Jean-Claude Juncker a enterré beaucoup de ses amis et amies et la mort imprègne de plus en plus ses réflexions. Il l’a côtoyée en 1989 lorsqu’il a été plongé dans le coma pendant trois semaines après un grave accident de voiture, cause de lancinants maux de dos. Il reste le plus attachant et le plus surprenant des présidents de la Commission. Sa personnalité fantasque et complexe y est pour beaucoup. Il aura été difficile à gérer. Proche de la chancelière Angela Merkel, il a ouvertement critiqué plusieurs décisions d’Emmanuel Macron et ses relations avec le président français se sont très vite tendues.

Il s’est aussi heurté au populiste hongrois Viktor Orban, dont il a réclamé l’exclusion du PPE, leur famille politique. Il n’a pas non plus épargné David Cameron qu’il juge responsable du divorce avec le Royaume-Uni. Il a terminé son mandat fatigué. Opéré le 12 novembre pour un anévrisme aortique, il est quand même revenu faire ses adieux à Bruxelles. « Je suis heureux de quitter. Président de la Commission n’est pas une tâche des plus faciles », a-t-il confié.

Des erreurs reconnues

« Sa commission a été « politique » quand elle a joué finement face à Donald Trump pour ne pas envenimer la guerre commerciale. Elle l’a aussi été avec Michel Barnier dans sa gestion du Brexit et le maintien de la cohésion des 27 », analyse Sébastien Maillard, directeur de l’institut Jacques-Delors. « En revanche, elle n’a pas su être assez « politique » dans la crise migratoire. Sa proposition de répartition automatique des demandeurs d’asile s’est heurtée à l’hostilité des pays de l’Est et elle a perdu son autorité face à eux », estime-t-il.

Jean-Claude Juncker a commis des erreurs et les a reconnues publiquement. Il n’a pas mesuré la portée du malaise créé par les Luxleaks, il n’a pas osé s’élever contre les partisans du Brexit au Royaume-Uni, il a sous-estimé l’opposition des pays de l’Est à ses propositions pour répartir les migrants. Un autre reproche qui lui a été fait est de s’être désintéressé de la gestion au jour le jour de la commission, confiée à son chef de cabinet, l’Allemand Martin Selmayr. Il laisse à Ursula von der Leyen une maison traumatisée en interne par ce bourreau de travail détesté dans les services qui espèrent ne pas avoir à revivre une telle expérience.