Des fuites de documents révèlent la réalité des camps de détention chinois au Xinjiang

PRISONS Plus d’un million de musulmans, principalement d’ethnie ouighoure, sont détenus dans des camps de rééducation politique au Xinjiang

20 Minutes avec AFP

— 

A Hotan, l'un des camps suspecté d'emprisonner les musulmans de la minorité Ouigoure en Chine, le 31 mai 2019.
A Hotan, l'un des camps suspecté d'emprisonner les musulmans de la minorité Ouigoure en Chine, le 31 mai 2019. — GREG BAKER / AFP

La réalité de ces centres d’internement chinoises exposée au grand jour. Un consortium de journalistes a publié ce dimanche des documents sur le contrôle absolu exercé par le régime chinois dans ses immenses camps de détention de la région à majorité musulmane du Xinjiang. Plus d’un million de personnes y sont internées.

Des règlements draconiens, des coupes de cheveux fréquentes, des portes verrouillées… Ces documents, obtenus par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et publiés par 17 organes de presse à travers le monde, détaillent la vie dans ces camps installés dans la région du nord-ouest de la Chine.

Des discours secrets

D’après des organisations de défense des droits humains, plus d’un million de musulmans, principalement d’ethnie ouighoure, sont détenus dans des camps de rééducation politique au Xinjiang. Pékin récuse ce chiffre et évoque des « centres de formation professionnelle » destinés à lutter contre la radicalisation islamiste.

Ces informations sont publiées une semaine après l’annonce du quotidien américain New York Times, affirmant qu’il avait réussi à se procurer plus de 400 pages de documents internes au pouvoir chinois, dont des discours secrets du président Xi Jinping appelant dès 2014 à lutter « sans aucune pitié » contre le terrorisme et le séparatisme au Xinjiang.

Intelligence artificielle et collecte de données

Les dernières révélations concernent une série de directives de gestion des camps de détention, approuvées en 2017 par le chef des forces de sécurité au Xinjiang, ainsi que des rapports des services de renseignement montrant comment la police utilise l’intelligence artificielle et la collecte de données pour cibler les personnes à interner. Les directives qualifient les détenus d'« étudiants » devant « obtenir leur diplôme ».

Elles décrivent avec une grande précision comment les gardiens doivent gérer la vie quotidienne des détenus, de l’interdiction d’entrer en contact avec le monde extérieur à la marche à suivre en cas de maladie, selon une traduction en anglais des documents publiée par l’ICIJ. Les directives instaurent notamment un système de points pour évaluer « la transformation idéologique » des détenus, leur « respect de la discipline » et leur ardeur à « l’étude ».

Des documents « falsifiés », dénonce la Chine

« Les portes des dortoirs, des couloirs et des étages doivent être fermées à double tour immédiatement après avoir été ouvertes et refermées », détaillent les auteurs. « Une vidéosurveillance complète doit être établie dans les dortoirs et les salles de classe, sans angle mort, de façon à ce que les gardiens puissent exercer leur surveillance en temps réel, enregistrer les choses dans le détail et rapporter immédiatement tout événement suspect ». Les directives prévoient que les « étudiants » doivent rester en détention pendant au moins un an, même si cette règle n’est pas toujours appliquée, selon les témoignages d’anciens prisonniers recueillis par l’ICIJ.

A Londres, l’ambassade de Chine a nié l’authenticité des documents publiés, les qualifiant de « pure falsification » et de « fausses informations ». « Il n’existe aucun document ou ordres pour de soi-disant "camps de détention". Des centres de formation et d’entraînement professionnels ont été établis à des fins de prévention du terrorisme », a-t-elle affirmé dans un communiqué au quotidien The Guardian, qui fait partie des médias ayant publié les documents.