Irak : Six nouveaux morts dans les manifestations contre le gouvernement

CONTESTATION Cela fait près de deux mois que les Irakiens et Irakiennes sont dans la rue en permanence pour réclamer des réformes, entre autres

20 Minutes avec AFP

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Lors de manifestations à Badgad, ce dimanche.
Lors de manifestations à Badgad, ce dimanche. — Ali Abdul Hassan/AP/SIPA

Six manifestants ont été tués dimanche dans le sud de l’Irak où la désobéissance civile s’amplifie face à un pouvoir toujours intransigeant envers la plus importante contestation de l’histoire récente du pays. Au premier jour de la semaine en Irak, une nouvelle fois, c’est une annonce gouvernementale qui a suscité un regain de mobilisation.

Le ministère de l’Education avait décrété que les cours devaient reprendre après près de deux mois de manifestations ayant fait près de 350 morts et mortes et un mois sans école dans de nombreuses villes du Sud. Mais rien n’y a fait pour les protestataires qui réclament une refonte du système politique et un renouvellement complet d’une classe dirigeante jugée corrompue, incompétente et loyale au grand voisin iranien qu’ils accusent de tirer les ficelles chez eux.

Les principaux axes routiers coupés

A l’heure de la rentrée, dimanche matin à Nassiriya – où trois manifestants ont été tués dans des affrontements avec les forces de l’ordre, de sources médicales – aucune école n’avait ouvert et la plupart des administrations étaient fermées, de même qu’à Hilla, Diwaniya, Najaf, Kout, Amara et Bassora. En outre, à Nassiriya, foyer historique de révolte, les manifestants coupaient les cinq ponts enjambant l’Euphrate qui la traverse, ainsi que les accès à la compagnie publique du pétrole et un champ pétrolier proche.

Dans la province pétrolière de Bassora – où trois manifestants ont été tués selon la Commission gouvernementale des droits humains – les principaux axes routiers étaient également coupés, malgré des tentatives de dispersions à balles réelles, dont la route menant au port d’Oum Qasr, vital pour les importations et ouvert jusqu’ici. Des heurts ont également éclaté dans la nuit dans la ville sainte chiite de Kerbala.

Le gouvernement ne lâche rien ou presque

Depuis le 1er octobre, les Irakiens sont dans la rue pour le premier mouvement social spontané depuis l’invasion américaine qui a renversé en 2003 le dictateur Saddam Hussein. Leur principal point de ralliement est la place Tahrir de Bagdad, occupée jour et nuit, et voisine de ponts et de rues commerçantes devenus champ de bataille au cœur de la deuxième capitale la plus peuplée du monde arabe. Là, dix manifestants ont été tués ces trois derniers jours.

Les protestataires réclament des emplois pour les jeunes (un sur quatre est au chômage), et une amélioration des conditions de vie des 20 % de la population qui vivent sous le seuil de pauvreté. Face à eux, le pouvoir, un temps ébranlé, a resserré les rangs. Il ne propose que des réformes à la marge : une nouvelle loi électorale qui peine à voir le jour au Parlement et un remaniement ministériel partiel annoncé depuis des semaines mais qui pourrait n’être qu’une façon de se débarrasser de certains sans changer la face du pouvoir, selon les experts.