Colombie: Couvre-feu à Bogota après des violences et pillages

REVOLTE La décision a été prise après les manifestations de jeudi qui ont fait trois morts

20 Minutes avec AFP
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Des manifestants à Bogotá le 22 novembre 2019.
Des manifestants à Bogotá le 22 novembre 2019. — Ivan Valencia/AP/SIPA

La contestation ne faiblit pas en Colombie. La population s’est à nouveau mobilisée vendredi en tapant sur des casseroles et un couvre-feu a été décrété à Bogota après de nouvelles violences, au lendemain de manifestations massives contre le président Ivan Duque, marquées par trois morts. Le couvre-feu, d’abord décrété dans trois quartiers populaires du sud de Bogota, a été étendu à toute la capitale de sept millions d’habitants.

Des supermarchés pillés

En début de journée, les autorités avaient pourtant fait état d’un retour à la tranquillité sur l’ensemble du territoire. Mais peu après, de nouveaux incidents opposaient des habitants du sud de Bogota aux forces de l’ordre, près de stations de transport urbain, fermées. Des supermarchés ont été pillés et des autobus attaqués dans ce même secteur, au lendemain de la plus importante mobilisation sociale de ces dernières années contre le gouvernement national.

Dès vendredi matin, le maire de Bogota, Enrique Peñalosa a annoncé l’instauration de la « loi sèche » (interdiction de vente d’alcool) jusqu’à samedi à la mi-journée, invoquant la crainte de « vandales ». Plus tard, il a précisé que « près de 20.000 » policiers et militaires étaient déployés dans la capitale, et avaient procédé à environ 230 arrestations. « En aucune manière, nous n’allons permettre qu’une infime minorité de délinquants détruise notre ville », a-t-il affirmé.

Les manifestants dénoncent les mesures économiques, sociales et sécuritaires du gouvernement. Surtout, Ivan Duque, au pouvoir depuis août 2018, pâtit d’un taux d’impopularité de 69 % selon les sondages. Jeudi, des centaines de milliers de personnes ont ainsi manifesté dans tout le pays. Durant cette journée, trois civils sont morts, et 122 autres, ainsi que 151 membres des forces de l’ordre, ont été blessés, selon un bilan officiel.

Le président fait un pas vers les syndicats

Reste à savoir comment va évoluer le mouvement. Le président Ivan Duque semble vouloir jouer l’apaisement. Il a ainsi appelé vendredi soir à une « conversation nationale (…), à partir de la semaine prochaine ». Celle-ci « renforcera l’actuel agenda de politique sociale, en travaillant ainsi de manière unie avec une vision à moyen et long terme, qui nous permettra de combler les écarts sociaux ». Le président, qui s’était montré la veille réticent à un dialogue direct, a donc fait un premier pas envers les organisations ayant appelé à la plus grande mobilisation sociale de ces dernières années.

En outre, les violences semblent avoir eu raison de la volonté des syndicats de ne rien lâcher. Vendredi, les organisateurs du mouvement se sont ainsi désolidarisés des nouvelles mobilisations. « La grève est terminée (…) il faut revenir à la normalité », a déclaré Julio Roberto Gomez, président de la Confédération générale du travail.