Procédure d'« impeachment » contre Trump : Les auditions sont terminées, quel programme pour la suite ?

ETATS-UNIS La Chambre pourrait voter pour mettre en accusation le président américain d'ici Noël, ouvrant la voie à un procès au Sénat début 2020

P.B. avec AFP

— 

L'élu démocrate Adam Schiff préside l'enquête d'impeachment contre Donald Trump.
L'élu démocrate Adam Schiff préside l'enquête d'impeachment contre Donald Trump. — Susan Walsh/AP/SIPA

Les auditions publiques sont terminées. Jeudi, les derniers témoins dans l’enquête d’impeachment qui menace Donald Trump ont pris la parole devant le Congrès, dénonçant notamment les « fictions russes » promues par certains républicains. Désormais, les démocrates, qui accusent le président américain d’avoir fait pression sur l’Ukraine pour enquêter sur Joe Biden, vont, sauf surprise, rédiger des articles d’impeachment. Avec un vote qui pourrait intervenir d’ici Noël, et être suivi d’un procès au Sénat début 2020. Explications.

Dernier jour des auditions

Entendue en dernier, une conseillère de la Maison Blanche a indirectement critiqué jeudi le président qui, outre Joe Biden, a demandé à l’Ukraine d’enquêter sur une prétendue ingérence ukrainienne dans l’élection présidentielle de 2016 au profit des démocrates. «C’est une fiction qui a été créée et propagée par les services de sécurité russes», a souligné Fiona Hill, haute responsable au sein du Conseil de sécurité nationale. «S’il vous plaît, ne propagez pas pour des raisons politiques des mensonges qui servent clairement les intérêts russes», a-t-elle lancé aux élus, en leur rappelant que les services de renseignement américains avaient conclu que Moscou s’était ingéré dans la campagne de 2016, et non l’Ukraine.

C’est notamment l’obsession de Donald Trump pour une théorie du complot (accusant l’Ukraine d’avoir piraté les serveurs du parti démocrate puis d’avoir fait porter le chapeau à la Russie) qui semble avoir été au coeur des efforts de son avocat Rudy Giuliani en Ukraine. Et lors de son appel au président russe Zelensky, Donald Trump lui a demandé de se « pencher » sur les activités du fils de Joe Biden en Ukraine et sur « Crowdstrike », le nom de l’entreprise qui a enquêté sur le piratage du parti démocrate.

Un impeachment pour Noël ?

Au cours des huit derniers jours, douze témoins entendus au Congrès ont livré de nombreux éléments à charge pour le président américain, sans ébranler les élus républicains. Les démocrates accusent le président républicain d’avoir abusé de sa fonction pour faire pression sur Kiev, notamment en gelant une aide militaire de près de 400 millions de dollars votée par le Congrès. Donald Trump nie toute pression, assure que son appel était «parfait» et se dit victime d’une «chasse aux sorcières» sans précédent.

Désormais, les démocrates vont débattre et devrait rédiger des articles d’impeachment (comme « abus de pouvoir », « corruption » et « obstruction à la Justice »). Selon CNN, un vote pourrait avoir lieu d’ici Noël. Et parce que les démocrates disposent d’une confortable majorité à la Chambre, il est fort probable que Donald Trump devienne le troisième président « impeached » (mis en accusation) de l’histoire après Andrew Johnson et Bill Clinton (lors du Watergate, Nixon avait démissionné avait le vote pour éviter l’humiliation d’une destitution assurée).

Un procès de deux semaines a Sénat ?

Sur le papier, les républicains, qui ont une majorité de 53 sièges sur 100 au Sénat, pourraient voter pour bloquer tout procès. Mais un tel coup de poker serait politiquement risqué. Selon le Washington Post, les républicains penchent pour un procès court de deux semaines. Les 100 sénateurs constituent le jury et le chef de la Cour suprême préside. Plusieurs élus démocrates de la Chambre joueront les rôles du procureur, notamment Adam Schiff et Donald Trump sera défendu par des avocats de son choix, e puis le Sénat votera.

Une majorité des deux tiers pour destituer un président est requise, ce qui n’est jamais arrivé. Avec 53 républicains, il faudrait que près de la moitié (20) vote avec les démocrates pour atteindre les 67 voix nécessaires un scénario improbable à ce stade. Sauf surprise, c’est le peuple américain qui sera amené à trancher par les urnes le 3 novembre 2020.