VIDEO. Hong Kong : La police menace de tirer à « balles réelles » si elle fait face à des « armes létales »

CONTESTATION L’avertissement, lancé par le porte-parole de la police hongkongaise, fait suite à la blessure d’un policier au mollet, touché par une flèche

20 Minutes avec AFP

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Des protestataires font face à la police, devant l'université polytechnique d'Hong Kong, le 17 novembre 2019.
Des protestataires font face à la police, devant l'université polytechnique d'Hong Kong, le 17 novembre 2019. — Ng Han Guan/AP/SIPA

Des manifestants pro-démocratie ont incendié lundi matin l’entrée du campus hongkongais où ils sont retranchés pour empêcher une intervention de la police, qui a prévenu dans la nuit de dimanche à lundi qu’elle pourrait utiliser des « balles réelles » si elle continue à faire face à des manifestants utilisant des « armes létales ». Il s’agit du premier avertissement de ce type depuis le début de la crise il y a presque six mois.

« S’ils (les manifestants) continuent des actions aussi dangereuses, nous n’aurions pas d’autre choix que d’utiliser la force de façon minimale, dont l’usage de balles réelles », a déclaré le porte-parole de la police Louis Lau dans une vidéo diffusée en direct sur Facebook.

L’exécutif hongkongais, qui est aligné sur Pékin, s’est refusé à accéder aux revendications des manifestants, qui demandent notamment l’avènement du suffrage universel dans la mégapole de 7,5 millions d’habitants, et une enquête sur les violences policières. Au contraire, la Chine a maintes fois averti qu’elle ne tolérerait pas la dissidence, et l’inquiétude monte dans l’ex-colonie britannique face à la possibilité d’une intervention chinoise.

Un policier blessé par une flèche

Dans la matinée, des dizaines de partisans du gouvernement s’étaient rassemblés pour tenter de déblayer les barricades bloquant l’entrée du Cross Harbour Tunnel – un tunnel routier desservant l’île de Hong Kong, fermé depuis mardi –, mais des manifestants sont intervenus pour les en empêcher, entraînant de premiers affrontements avec les forces de l’ordre.

Plusieurs explosions ont retenti lundi à l’aube selon les journalistes présents sur place avant qu’un mur de flammes n’apparaisse à l’entrée de l’Université polytechnique de Hong Kong (PolyU), devenu ce week-end le bastion de la contestation.

Dimanche, un policier a été blessé au mollet par une flèche tirée par un manifestant lors de violents heurts sur un campus de Hong Kong, devenu la principale base arrière de la contestation. Un blindé a par ailleurs été incendié par des cocktails Molotov alors que les forces de l’ordre tentaient de reprendre le contrôle d’un pont-passerelle enjambant les postes de péage du tunnel.

L’Université polytechnique de Hong Kong, base des manifestants

Ces derniers jours, les médias officiels ont plusieurs fois averti que l’armée chinoise, qui compte des garnisons dans la région semi-autonome, pourrait intervenir pour mettre au pas la contestation. Le président Xi Jinping a adressé cette semaine sa mise en garde la plus claire à ce jour, en affirmant que la mobilisation qui secoue Hong Kong menaçait le principe « un pays, deux systèmes » en place depuis la rétrocession.

Un manifestant équipé d'un archet et de flèches, devant l'université polytechnique d'Hong Kong, le 17 novembre 2019.
Un manifestant équipé d'un archet et de flèches, devant l'université polytechnique d'Hong Kong, le 17 novembre 2019. - Kin Cheung/AP/SIPA

Il semble que la police ait tenté une intervention sur le campus situé sur la péninsule de Kowloon, mais que celle-ci ait été repoussée par les manifestants. La police a dit avoir tiré trois balles au petit matin près de l’université en précisant que personne ne semblait avoir été blessé.

La police a qualifié le campus de « zone d’émeute » – la participation à une émeute est passible de dix ans de prison – et bloqué ses accès tandis que son porte-parole Louis Lau a adressé une sévère mise en garde sur Facebook. « Je demande ici aux émeutiers de ne pas utiliser de cocktails Molotov, de flèches, de voitures ou d’armes létales pour attaquer les policiers », a-t-il dit. « S’ils poursuivaient des actions aussi dangereuses, nous n’aurions pas d’autre choix que d’utiliser la force minimale nécessaire, y compris les balles réelles, pour riposter ».

Contre-feux

Les policiers hongkongais portent des armes de service, mais ils n’en ont fait qu’un usage limité lors d’incidents isolés. Trois personnes ont été touchées par des tirs à balle réelle, aucune mortellement. Face aux groupes de protestataires jetant des briques et des cocktails Molotov, la police a privilégié lacrymogènes, balles en caoutchouc ou canons à eau notamment.

Lundi, une jeune femme de 19 ans se faisant appeler « K » faisait part du désespoir des manifestants retranchés dans la PolyU, dont elle a estimé le nombre à 200. « Certains pleuraient, certains étaient furieux (…) parce qu’ils n’ont pas d’issue car il n’est plus possible de sortir du campus », a-t-elle témoigné. « Nous ne savons pas quand la police va intervenir ».

A quelques centaines de mètres du campus, dans les quartiers de Tsim Sha Tsui et Jordan, des manifestants ont érigé des barricades, alors que des appels avaient été lancés sur les réseaux sociaux à créer des contre-feux pour desserrer l’étau sur la PolyU.

« Blossom Everywhere »

L’ex-colonie britannique traverse depuis juin sa pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, nourrie par des craintes de mainmise grandissante de Pékin et de recul des libertés, une contestation qui a atteint cette semaine de nouveaux sommets de violence.

La contestation était montée d’un cran lundi dernier avec une nouvelle stratégie baptisée « Eclore partout » (« Blossom Everywhere »), qui consiste à multiplier les actions (blocages, affrontements, vandalisme) pour éprouver au maximum les capacités de la police. Le gouvernement a annoncé que les écoles demeureraient fermées lundi, par mesure de sécurité.