République tchèque : 250.000 personnes manifestent contre le Premier ministre

CONTESTATION Le rassemblement s’est tenu la veille du 30e anniversaire de la Révolution de velours

20 Minutes avec AFP

— 

Les manifestants ont brandi des slogans anti-Babis et des drapeaux tchèques, à Prague, le 16 novembre 2019.
Les manifestants ont brandi des slogans anti-Babis et des drapeaux tchèques, à Prague, le 16 novembre 2019. — Slavek Ruta/REX/SIPA

Ils ont scandé « honte! » et « démission! ». Selon le ministre de l'Intérieur, Jan Hamacek, cité par l'agence CTK, environ 250.000 manifestants se sont rassemblés samedi au parc Letna, dans le centre de Prague, pour réclamer le départ du premier ministre tchèque Andrej Babis.

Ancien communiste, ce populiste est confronté à une série d'accusations de corruption et à une enquête de la Commission européenne sur un conflit d'intérêts possible autour de son holding Agrofert regroupant différentes activités dans ses vastes exploitations agricoles, dans les médias et dans le secteur chimique. Andrej Babis est aussi identifié comme agent dans des dossiers secrets de la police des années 1980, ce que le milliardaire a fermement démenti.

« Démocratie en danger »

Kristyna Kovarova, une étudiante de 20 ans, originaire du village de Malenice, dans le sud du pays, a déclaré à l'AFP qu'elle était « venue se battre pour la démocratie ». « Je pense que la démocratie est en danger parce que de nombreuses personnes tentent de la modifier et d'imposer leurs propres règles. Ce n'est pas juste », a-t-elle insisté.

« Je n'aime vraiment pas les mensonges de notre Premier ministre », a déclaré de son côté Josef Plandor, venu de Zasova, dans l'est de la République tchèque. Pour ce forestier de 43 ans, « son énorme conflit d'intérêts, ses mensonges, ses fraudes, c'est trop. Ce n'est pas un homme honnête ».

Une imposante manifestation s'était déjà tenue à Prague en juin, là encore, pour réclamer le départ d'Andrej Babis.

Rejet des accusations

D'origine slovaque, le chef du gouvernement, âgé de 65 ans, a été inculpé l'année dernière dans une affaire de fraude présumée aux subventions européennes d'une valeur de deux millions d'euros concernant son complexe hôtelier près de la capitale tchèque. Le parquet de Prague a abandonné les charges en septembre.

Andrej Babis rejette les accusations et son parti populiste ANO reste en tête des sondages avec environ 30% de soutien, indépendamment de ces controverses. Andrej Babis, la cinquième fortune du pays selon Forbes, dirige le mouvement populiste centriste ANO dans un gouvernement de coalition minoritaire avec les sociaux-démocrates, appuyé au Parlement par le parti communiste.

ANO a remporté les élections législatives de 2017 en promettant la lutte contre la corruption en République tchèque, pays membre de l'Union européenne et de l'Otan, fort de 10,6 millions de d'habitants.

30e anniversaire de la Révolution de velours

Comme un symbole, des habitants d'une maison donnant sur le rassemblement ont déployé une banderole clamant que « la vérité et l'amour doivent prévaloir sur les mensonges et la haine », devise de l'ancien dramaturge dissident anticommuniste puis président tchèque Vaclav Havel.

La manifestation de samedi s'est tenu la veille du trentième anniversaire de la Révolution de velours. Des manifestations sans précédent et une grève générale avaient mis fin à quatre décennies de totalitarisme imposé par l'Union soviétique dans ce qui était alors la Tchécoslovaquie.

À la fin de décembre 1989, Vaclav Havel, alors chef de l'opposition, avait été élu président de la Tchécoslovaquie. Le pays s'est ensuite divisée pacifiquement en République tchèque et en Slovaquie en 1993.