Sri Lanka: Le pays vote pour son nouveau président

ELECTIONS Le frère de l’ancien président Rajapaksa, qui avait écrasé la rébellion tamoule en 2009, est le principal prétendant à la direction du pays

20 Minutes avec AFP

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L’entrée d'un bureau de vote au Sri Lanka le 16 novembre 2019.
L’entrée d'un bureau de vote au Sri Lanka le 16 novembre 2019. — Chamila Karunarathne/AP/SIPA

Près de 16 millions de Sri-Lankais ont commencé à voter samedi pour une élection présidentielle qui devrait donner lieu à un duel serré entre Gotabaya Rajapaksa, représentant du redouté clan des Rajapaksa qui vise un retour aux affaires, et Sajith Premadasa, le candidat du parti actuellement au pouvoir.

Un candidat principal particulièrement clivant

Lieutenant-colonel à la retraite, Gotabaya Rajapaksa était l’une des clés de voûte du régime de son frère Mahinda (2005-2015), empêché par la Constitution actuelle de se présenter. Son élection marquerait ainsi le retour aux affaires de la fratrie. En tant que plus haut responsable du ministère de la Défense à l’époque, Gotabaya commandait de fait les armées sri-lankaises au moment de l’écrasement de la rébellion séparatiste tamoule en 2009, pour l’ultime offensive au cours de laquelle 40.000 civils tamouls ont péri selon les défenseurs des droits humains.

Gotabaya Rajapaksa arrivant dans son bureau de vote le 16 novembre 2019.
Gotabaya Rajapaksa arrivant dans son bureau de vote le 16 novembre 2019. - Eranga Jayawardena/AP/SIPA

Ce bain de sang avait sonné la fin de 37 ans de guerre civile, qui a fait 100.000 morts, et vaut aux Rajapaksa d’être adulés au sein de la majorité ethnique cinghalaise, mais détestés et craints par la minorité tamoule qui constitue 15 % des 21,6 millions de Sri-Lankais. Gotabaya Rajapaksa est notamment accusé, ce qu’il nie, d’avoir dirigé sous la présidence de son frère des « escadrons de la mort » qui ont enlevé à bord de camionnettes blanches des dizaines de Tamouls, d’opposants politiques ou de journalistes. Certains de leurs corps ont été ensuite jetés sur la route, d’autres n’ont jamais été retrouvés.

Par contraste, son principal rival Sajith Premadasa, 52 ans et fils d’un président assassiné par la guérilla en 1993, est un responsable politique discret qui espère mobiliser le vote des femmes en promettant d’améliorer l’hygiène menstruelle.

Le candidat Sajith Premadasa montrant la marque sur son doigt comme preuve de son vote le 16 novembre 2019.
Le candidat Sajith Premadasa montrant la marque sur son doigt comme preuve de son vote le 16 novembre 2019. - Chamila Karunarathne/AP/SIPA

Un convoi de 100 bus sous les balles

L’heure est pour le moment au scrutin, et celui-ci s’annonce risqué. Des hommes armés ont ouvert le feu sur un convoi de bus transportant des électeurs musulmans, quelques heures avant l’ouverture des bureaux de vote. Selon un responsable policier, les assaillants ont brûlé des pneus sur la route et installé des barrages pour tendre une embuscade au convoi de plus de 100 bus qui circulait dans le Nord l’île. « Au moins deux bus ont été touchés, mais aucun mort ne nous a été signalé », a ajouté le responsable policier.

Les résultats pourraient donc être entachés d’irrégularités. La police a signalé à la commission électorale que l’armée bloquait illégalement des routes dans le Nord, ce qui pourrait décourager des électeurs de voter dans cette région défavorable aux Rajapaksa.