A Hong Kong, les manifestants utilisent-ils vraiment des briques et de la glu contre la police ?

FAKE OFF Un post Facebook viral affirme que certains manifestants, à Hong Kong, collent des briques au sol pour gêner la circulation de la police

Alexis Orsini

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Des manifestants à Hong Kong, le 13 novembre 2019.
Des manifestants à Hong Kong, le 13 novembre 2019. — Oliver Haynes / SOPA Images/Sipa/SIPA
  • A Hong Kong, pour entraver la circulation des véhicules de police, dans leur long face-à-face avec les forces de l’ordre, certains manifestants colleraient des briques au sol avec de la glu.
  • C’est ce qu’affirme un post Facebook très viral, illustré de plusieurs photos qui semblent montrer un tel dispositif.
  • Si des cas de recours à la glu sont avérés à Hong Kong, plusieurs correspondants locaux expliquent à 20 Minutes que cette technique, fastidieuse, est loin d’être très répandue.

Les manifestants pro-démocratie qui font entendre leur(s) voix dans les rues de Hong Kong depuis plusieurs mois auraient-ils trouvé une parade particulièrement astucieuse pour contrer les interventions de la police ?

C’est ce qu’affirme un post Facebook viral partagé plus de 11.000 fois depuis sa publication, le 12 novembre, sur la page « Cerveaux non disponibles ». « À Hong Kong, la nouvelle technique pour bloquer les routes et empêcher les véhicules de forces de l’ordre d’avancer, c’est de coller des bouts de briques sur la chaussée ! De petits obstacles, mais qui, mis bout à bout, deviennent de véritables barrages ! », affirme ce texte.

En guise d’illustration, le post s’accompagne de deux photos de rues parsemées d’obstacles dressés à l’horizontale ou à la verticale, ainsi que du cliché d’une brique sur laquelle on dépose de la glu.
 

FAKE OFF


Les deux premières photos montrent bien des rues de Hong Kong : la première a été immortalisée par Sam Tsang, journaliste au South China Morning Post.

On retrouve en outre le deuxième cliché, pris dans le quartier animé d’Hong Kok par le photographe Tam Ming Keung pour United Social Press, dans un article du média Hong Kong Free Press. Contactés par 20 Minutes, les deux photographes n’ont pas donné suite à nos sollicitations. La recherche inversée d’image ne permet quant à elle pas de remonter jusqu’à la source originale du tube de glu utilisé sur une brique, qui évoque plutôt une photo d’illustration réutilisée hors contexte.

Mais les différentes images de la contestation visibles en ligne par ailleurs permettent de constater que des briques sont bien utilisées en guise d’obstacles dans les rues de Hong Kong. On les retrouve ainsi sur différentes vidéos tournées ces derniers jours, bien alignées au milieu de grandes artères de circulation. De jour – lors de leur installation devant l’université Polytechnique, ci-dessous – comme de nuit, le plus souvent sous la forme d’une brique alignée à l’horizontale sur deux briques verticales de support.

« Les cas de brique collées au sol sont rares »

Sont-elles pour autant collées au sol avec de la glu ? Selon Oliver Farry, correspondant local de France 24 et de RFI, un tel scénario est envisageable : « J’ai vu énormément de briques laissées au sol pour entraver la progression des véhicules [des forces de l’ordre] mais je n’ai jamais entendu parler de briques collées à la glu. Ça me paraît plausible, vu qu’un canon à eau s’est retrouvé enlisé la nuit dernière lors d’une manifestation, mais je ne peux pas le confirmer. »

« Ma seule interrogation, à ce propos, c’est que ça me semble très chronophage et probablement inutile, puisqu’un nombre important de briques [disposées au sol] semblerait suffisant pour gêner le passage. Le seul recours à la glu que j’ai pu constater en manifestation jusqu’ici tenait à la glu utilisée par les [forces de l’ordre] sur les briques pour éviter que les manifestants ne les arrachent », poursuit-il.

Thomas Peter, un photographe de Reuters à l’origine de plusieurs clichés montrant les fameuses briques, peut pour sa part témoigner du recours à la glu – tout en nuançant la portée du recours à une telle technique : « Il y a eu des cas de briques collées au sol, mais ils sont rares et se cantonnent aux zones les plus petites, parce que ça prend trop de temps. Sur mes photos de rues parsemées de briques, celles qu’on peut voir étaient simplement posées là sans glue. » Ce qui n’empêche pas certains manifestants de construire de véritables murs de brique par ailleurs.

Des briques utilisées comme support de barrage

Une vidéo du média russe Ruptly montre notamment une utilisation inattendue de ces constructions en brique : les manifestants y déposent des longs bâtons en bois pour rendre leur barrage amateur encore plus efficace. Les briques posées au sol y semblent facilement manipulables, et donc loin d’être fixées par terre (à 0’17 ci-dessous notamment). Certains véhicules de police particulièrement imposants semblent toutefois peu gênés par les différents obstacles dressés sur leur route, y compris lorsqu'ils sont volumineux.