Chute du Mur, trente ans après : Comment une légende urbaine est née autour de la phrase « Ich bin ein Berliner »

FAKE OFF Le 26 juin 1963, Kennedy lance la fameuse phrase depuis Berlin Ouest. Vingt ans plus tard, apparaît l'idée que le président, au lieu de se déclarer Berlinois, a déclaré être une pâtisserie

Mathilde Cousin

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John Fitzgerald Kennedy à la mairie de Berlin Ouest, où il prononça son discours le 26 juin 1963.
John Fitzgerald Kennedy à la mairie de Berlin Ouest, où il prononça son discours le 26 juin 1963. — DPA / AFP
  • Le 26 juin 1963, John Fitzgerald Kennedy s’adresse à des milliers d’Allemands réunis devant l’hôtel de ville à Berlin Ouest. Il leur lance, à deux reprises, « Ich bin ein Berliner ».
  • Une légende urbaine apparaît ensuite, selon laquelle le président a déclaré être une pâtisserie.
  • La confusion est née de l’utilisation de l’article « ein » et du mot « Berliner », qui désigne un type de beignet dans certaines parties de l’Allemagne.

La phrase est restée dans l’histoire. Devant la foule rassemblée à Berlin Ouest, le 26 juin 1963, deux ans après le début de la construction du mur qui sépare la ville allemande, John Fitzgerald Kennedy lance, à deux reprises, « Ich bin ein Berliner ». Une phrase qui sera, une vingtaine d’années plus tard, mal interprétée, et qui continue de faire l’objet d’une légende urbaine. En lançant ces mots, le président américain aurait déclaré « je suis un beignet », selon cette légende.

FAKE OFF

La confusion vient du mot Berliner et de l’utilisation de l’article ein, note le site américain de fact-checking Snopes. Le Berliner est une sorte de beignet dans certaines régions d’Allemagne. Toutefois, les Berlinois utilisent de préférence le mot Pfannkuchen, soulignait en 1993 Jürgen Eichhoff, un germaniste, auteur d’un article sur la fameuse phrase parue dans une revue universitaire américaine.

Le président américain a eu raison d’employer l’article ein, précise le spécialiste. En allemand, si on veut dire « Je suis Berlinois », pour signifier que l'on est originaire de la ville ou qu'on y a grandi, il ne faut pas utiliser « ein » et dire « Ich bin Berliner ». Mais, ici, John Fitzgerald Kennedy utilisait une métaphore : il ne voulait bien sûr pas dire qu’il était originaire de Berlin ou qu’il y vivait. Dans ce cas de figure, l’emploi de l’article est correct, détaille Jürgen Eichoff.

Kennedy n’a pas écrit « Ich bin ein Berliner » lui-même. La traduction a été faite par Robert Lochner, un Américain qui avait grandi à Berlin, et qui a été l’interprète de quatre présidents américains. Dans une interview accordée à Jürgen Eichoff, Robert Lochner se souvient que Kennedy lui avait demandé « quelques minutes » avant de prononcer son discours la traduction de « Je suis un Berlinois ». Le président américain s’est ensuite entraîné à prononcer la phrase devant Willy Brandt, le maire de Berlin Ouest, et le conseiller personnel de celui-ci.

Des traces de la confusion dans les années 1980 

Comment est née la confusion ? Elle pourrait trouver ses racines dans un roman d’espionnage publié en 1983, raconte le Smithsonian Magazine. Cinq ans plus tard, elle apparaît dans une lettre d’un lecteur du magazine américain Newsweek et dans une tribune parue dans le New York Times, titrée « Je suis un beignet fourré à la confiture ». Elle continue aujourd’hui, d’être partagée.

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