Visite d’Emmanuel Macron en Chine : « La France est vue comme un petit Etat européen, loin derrière l’Allemagne »

INTERVIEW Pour Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l’Iris, la France surestime son importance aux yeux de la Chine

Propos recueillis par Nicolas Raffin

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Emmanuel Macron salue Xi Jinping lors du G20 d'Osaka (Japon), en juin 2019.
Emmanuel Macron salue Xi Jinping lors du G20 d'Osaka (Japon), en juin 2019. — Jacques Witt/SIPA
  • Emmanuel Macron se rend en Chine à partir de lundi.
  • Plusieurs rendez-vous économiques et culturels sont au programme.
  • Les dossiers sensibles comme la situation à Hong-Kong pourraient aussi être évoqués.

Pour la deuxième fois depuis son élection, Emmanuel Macron va effectuer à partir de ce lundi une visite d’État en Chine. Lors de son premier périple, il s’était rendu à Xian, dans le nord du pays. Cette fois-ci, le chef de l’État va découvrir Shanghaï, la grande métropole économique de l’est. Au programme : visite de la Foire des importations, puis inauguration d’une antenne du Centre Pompidou.

Voilà pour la partie la plus agréable. Car Emmanuel Macron doit aussi rencontrer Xi Jinping, le président chinois, pour évoquer les dossiers sensibles du moment : crise iranienne, guerre commerciale avec les Etats-Unis, voire la situation à Hong-Kong. Pour Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste de la Chine, le chef de l’État ne doit pas s’attendre à un traitement de faveur.

Comment la France est-elle aujourd’hui perçue par la Chine ?

La France a toujours exagéré la position qu’elle pense avoir en Chine. Beaucoup de gens s’imaginent qu’au motif que la France est un des premiers pays à avoir reconnu Pékin, elle aurait droit à des égards. Ce n’est absolument pas vrai, aux yeux des Chinois la France est un pays comme les autres. Pour les Chinois, hors du « romantisme », et de quelques aspects industriels comme les Airbus, la France est placée très loin sur la carte. Elle est vue comme un petit Etat européen, loin derrière l’Allemagne et l’Angleterre.

A l’inverse, Emmanuel Macron a besoin de se présenter comme un grand président. Il se met en avant, il se met en scène. Toute la communication présidentielle lors de la visite va être axée sur le fait qu’il parle d’égal à égal aux plus grands dirigeants mondiaux.

Économiquement, que pèse la France face à la Chine ?

Aujourd’hui, la Chine représente le principal déficit commercial de la France – près de 30 milliards d’euros. C’est un fournisseur de matériaux à très bas prix, ce qui permet de contenir l’inflation dans les pays européens. Mettre des barrières économiques, comme les Etats-Unis l’ont fait avec les droits de douane, signifierait une hausse des prix et donc une hausse du coût de la vie. La Chine dispose donc d’une vraie arme de ce point de vue.

Du côté des importations, elle importe surtout des Airbus, et pas à n’importe quelles conditions. D’ailleurs, c’est assez drôle de voir la France et l’Allemagne revendiquer les ventes d’Airbus pour leur propre compte chaque fois que l’un d’eux vient en Chine. Il s’agit pourtant des mêmes avions !

Concernant la crise à Hong-Kong, Emmanuel Macron a promis d’en faire « un sujet de discussion très franc et très sincère ». Cela peut-il conduire à une crispation côté chinois, pour qui il s’agit d’un problème intérieur ?

Tout va se passer comme d’habitude. A l’issue de la rencontre avec le président chinois, vous aurez un communiqué qui dira que le problème a été évoqué. Mais en réalité, le sujet ne sera pas abordé. La France dira ce que la Chine l’autorise à dire dans son communiqué, comme sur le sujet des droits de l’homme.

Néanmoins, le pouvoir central chinois est extrêmement gêné par la situation à Hong-Kong et craint que la contestation ne fasse tâche d’huile. Par exemple, les futures élections à Taïwan se présentaient bien pour les partisans de la réunification, mais Hong-Kong pourrait rebattre les cartes. Cela nourrit les séparatismes et c’est insupportable pour le pouvoir central et pour Xi Jinping qui est contesté à l’intérieur de son parti.