Les questions qui se posent après la mort d'un soldat français au Mali

TERRORISME Le Mali n'est pas le seul pays à faire face au terrorisme dans la région 

Nicolas Raffin

— 

Un soldat français de Barkhane apprend à un soldat des forces armées maliennes l'utilisation de son arme, le 27 avril 2019.
Un soldat français de Barkhane apprend à un soldat des forces armées maliennes l'utilisation de son arme, le 27 avril 2019. — LAURENCE GEAI/SIPA
  • Un militaire français est mort samedi au Mali, victime d’un engin explosif.
  • Daesh a revendiqué l’attaque.
  • Le pays a également été secoué par deux autres attaques depuis vendredi, où 51 soldats maliens ont péri.

Plus de sept ans après l’invasion djihadiste, le Mali reste toujours secoué par le terrorisme. Ce dimanche, deux soldats maliens ont été tués par un engin explosif. Samedi, le brigadier français Ronan Pointeau, membre de la force Barkhane déployée au Mali, avait été également tué après l’explosion d’un engin improvisé au passage de son véhicule. L’attaque a été revendiquée par Daesh. « Cette attaque insidieuse montre l’importance et l’âpreté de la lutte contre les groupes armés terroristes pour la sécurisation du Liptako [une région à cheval entre le Mali et le Burkina Faso] » a expliqué l’état-major des Armées dans un communiqué. 20 Minutes fait le point sur la situation.

Quelle est aujourd’hui la situation au Mali ?

« La situation n’est pas hors de contrôle, mais les capacités de gestion de l’État malien s’amenuisent » constate Philippe Migaux, maître de conférences à Sciences Po*. Le spécialiste énumère les nombreuses forces djihadistes en présence : « Le GSIM (groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), héritier d’Al-Qaïda, a développé un djihadisme touareg autour de Kidal, dans le nord du pays, mais aussi un djihadisme peul, dans le centre et le sud. Depuis 2017, l’État islamique du Grand sahara (EIGS) collabore avec eux, ce qui contribue à aggraver la situation ».

Vendredi, 49 soldats maliens ont été tués près de Ménaka (nord-est du Mali) au cours d’une « attaque terroriste » attribuée aux djihadistes. C’est l’une des plus graves subies par l’armée malienne. Elle vient s’ajouter à d’autres attaques menées ces derniers mois dans le sud du pays. Sur son site, le ministère des Affaires étrangères déconseille formellement de voyager au Mali.

La force Barkhane dispose-t-elle aujourd’hui d’assez de moyens ?

Créée en août 2014, l’opération Barkhane est venue prendre le relais de l’opération Serval, qui avait stoppé l’avancée des forces djihadistes en direction de Bamako. Barkhane vise à aider les pays du « G5 Sahel » (Niger, Mali, Burkina Faso, Mauritanie, Tchad) à lutter contre les djihadistes. Les 4.500 militaires français peuvent aussi mener leurs propres opérations. Depuis le début de Barkhane, quinze militaires français sont morts dans l’exécution de leur mission.

« La force Barkhane joue son rôle de force régionale en attendant que le G5 Sahel puisse prendre la main, rappelle Philippe Migaux. Mais il n’est pas question de réinstaller une force française pour faire le travail des autorités africaines. C’est un travail de longue haleine ». Le problème, c’est que le G5 Sahel peine à tenir son rôle. Début octobre, plusieurs témoignages recueillis par Le Monde montraient à quel point les soldats burkinabés, membres du G5, étaient mal équipés pour faire face aux djihadistes.

Y a-t-il un risque de déstabilisation de la région ?

Les pays frontaliers du Mali sont aussi touchés par la vague djihadiste : le Burkina a subi plusieurs attaques au cours des derniers mois. La dernière en date, mi-octobre, a visé une mosquée et a fait au moins seize morts. Au Niger, douze soldats ont été tués dans la nuit du 29 au 30 octobre, vraisemblablement par des membres du groupe terroriste Boko Haram.

« La réponse militaire ne peut être suffisante (…) Il faut que les pays européens aident les États sahéliens touchés par ledit djihadisme à se réformer en profondeur. Pour le moment, les Occidentaux ont surtout contribué à restaurer un système inégalitaire qui permet aux djihadistes de recruter sans difficultés » affirmait Roland Marchal, chercheur au CERI de Sciences Po, dans un entretien à La Croix en mai dernier. « Pour l’instant, il n’y a pas de prise de territoires de la part des djihadistes, poursuit Philippe Migaux. Cela reste une présence clandestine, mais qui a réussi à fédérer tous les mécontents ».

* Co-auteur du livre « Le jihadisme – Le comprendre pour mieux le combattre » (Plon)