Syrie : Les Kurdes ont « totalement » quitté la frontière turque mais des combats se poursuivent dans la zone

OFFENSIVE TURQUE Un accord conclu entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine précisait que les Kurdes avaient jusqu’à 15 h ce mardi pour partir

20 Minutes avec AFP

— 

Une combattante kurde contrainte de quitter la zone frontalière entre la Syrie et la Turquie, le 27 octobre 2019.
Une combattante kurde contrainte de quitter la zone frontalière entre la Syrie et la Turquie, le 27 octobre 2019. — Delil SOULEIMAN / AFP

Comme prévu, les Kurdes ont bien quitté le nord de la Syrie, a confirmé la Russie ce mardi. Le calme n’est pourtant pas revenu dans la zone, où des combats meurtriers entre soldats syriens et turcs accentuent la volatilité de la situation.

Ce retrait était commandé par l’accord conclu le 22 octobre par les présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan. Il prévoyait que la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) devait quitter cette zone à la frontière turque avant ce mardi 15 h. Les YPG, qui ont activement aidé la coalition internationale à vaincre Daesh mais qui sont considérés comme « terroristes » par Ankara, ont achevé un retrait « total » et « plus tôt que prévu », a même précisé la Russie.

Des patrouilles pour contrôler le départ des Kurdes

Ankara avait lancé une offensive sur les Kurdes le 9 octobre, avec pour but affiché de mettre en place une « zone de sécurité » d’une trentaine de kilomètres de profondeur pour éloigner les YPG, avant d’interrompre son opération à la faveur de deux accords négociés séparément avec les Etats-Unis et la Russie. Les forces kurdes avaient déjà éloigné ces derniers jours leur artillerie lourde et les blindés de plusieurs secteurs frontaliers. Des patrouilles conjointes turco-russes sont prévues dans une partie de la zone tampon, selon l’accord conclu entre Ankara et Moscou. Elles permettront de vérifier qu’aucun combattant kurde n’y est encore présent, a indiqué mardi Ankara.

Mardi, des combats ont opposé les armées turque et syrienne pour la première fois depuis l’arrivée des soldats du régime syrien dans le nord de la Syrie, qui s’y sont déployés à la demande des Kurdes après l’annonce du retrait américain.

Premiers combats malgré la trêve

Bien que l’offensive d’Ankara soit à l’arrêt depuis l’accord russo-turc, la trêve est émaillée d’accrochages entre les groupes syriens proturcs et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les YPG et désormais soutenues par Damas.

Cinq soldats syriens ont été tués par des « tirs d’artillerie » turcs, et un sixième a été « exécuté » par les rebelles proturcs près du village d’Al-Assadiya, à moins de 10 km de la frontière, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Contactées par l’AFP, les autorités turques n’ont pas donné suite dans l’immédiat. Il s’agit, d’après l’OSDH, des premiers combats entre soldats turcs et syriens depuis le lancement de l’offensive turque.

Un conflit multiple et complexe

Par le passé, des affrontements avaient opposé les forces du régime aux supplétifs syriens proturcs. Ces derniers, entraînés et financés par la Turquie, combattaient auparavant le régime de Bachar al-Assad. Conformément à l’accord russo-turc, la Turquie garde la haute main sur une autre région frontalière du nord-est longue de 120 km, dont elle a pris le contrôle au cours de son offensive.

De son côté, le pouvoir syrien se déploie dans des secteurs du nord qui lui échappaient depuis 2012, et son armée se retrouve désormais à proximité de soldats turcs. Cette reconfiguration des forces sur le terrain illustre la complexité du conflit syrien qui implique aujourd’hui de multiples belligérants et des puissances étrangères, avec des alliances en constante évolution. Pour les Kurdes, le retour du régime de Damas dans le nord risque également de leur faire perdre leur autonomie de facto, arrachée à la faveur du conflit qui a fait en Syrie plus de 370.000 morts depuis 2011.