Offensive turque contre les Kurdes : La Syrie et la Turquie s'expliquent devant le Conseil de sécurité de l'ONU

DIPLOMATIE La Turquie a lancé une offensive le 9 octobre à la frontière turco-syrienne pour combattre les « terroristes » kurdes

20 Minutes avec AFP

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Le siège de l'ONU à New York, où s'est tenu le Conseil de sécurité vendredi.
Le siège de l'ONU à New York, où s'est tenu le Conseil de sécurité vendredi. — Johannes EISELE / AFP

Ce vendredi, c’était la première confrontation des représentants Syrien et Turc devant le Conseil de sécurité de l’ONU depuis le début de l’offensive turque en Syrie lancée le 9 octobre. Même si cet assaut est désormais terminé, les deux ambassadeurs ont eu de vifs échanges.

L’ambassadeur syrien à l’ONU, Bashar Ja’afari, a qualifié l’initiative turque d'« agression » contre son pays, avant de dénoncer une « étrange » utilisation par Ankara de l’article 51 de la Charte de l’ONU sur la légitime défense pour justifier son opération militaire. Il a en outre réclamé « le plein respect de la souveraineté syrienne » et « le retrait de toutes les forces étrangères illégitimes » de Syrie.

« Agression » ou « lutte contre le terrorisme »

« Je rejette et condamne fermement toute présentation erronée de notre opération de lutte contre le terrorisme comme un acte d’agression », a répliqué son homologue turc, Feridun Sinirlioglu. Il s’agissait d’une « opération limitée de lutte contre le terrorisme », qui visait notamment à « garantir l’intégrité territoriale et l’unité de la Syrie ». « Elle n’a visé que des terroristes et leurs repaires, leurs armes et leurs véhicules », a-t-il insisté.

La Turquie qualifie de « terroristes » les combattants kurdes longtemps alliés des Occidentaux dans la lutte contre le groupe djihadiste Daesh et contre qui elle a mené une offensive qui s’est terminée cette semaine. Alors que l’ONU réclame un accès humanitaire sans entrave dans le nord de la Syrie, le diplomate turc a assuré que la Turquie facilitait l’aide humanitaire transfrontalière.

Un retour des Syriens « dans la dignité »

Il a d’autre part estimé que la « seule solution durable » pour les djihadistes étrangers et leurs familles détenues en Syrie était qu’ils soient rapatriés par leur pays d’origine. « Priver des gens de leur nationalité n’est pas le bon moyen pour lutter contre le terrorisme ». « Cela revient simplement à se laver les mains du problème », a-t-il jugé. Feridun Sinirlioglu s’est enfin voulu rassurant sur le retour en Syrie de réfugiés accueillis en Turquie. Il s’effectuera de manière « volontaire, sûre et dans la dignité », a-t-il promis.

Lors de la réunion publique du Conseil de sécurité, l’ambassadeur allemand Christoph Heusgen s’est attiré de vives critiques de la Russie et de la Chine après avoir rappelé que ces deux pays avaient mis en septembre leur veto à une demande de cessez-le-feu à Idleb (nord-ouest) pour des raisons humanitaires. « Que faites-vous pour stabiliser la situation en Syrie ? », s’est insurgé son homologue russe Vassily Nebenzia. « Il ne revient à personne de nous donner des leçons » sur la manière de voter, a renchéri l’ambassadeur chinois Zhang Jun.