Bolivie : Le président Evo Morales compare la grève générale à un « coup d’Etat »

MOBILISATION La décision d’Evo Morales de briguer un quatrième mandat, alors que les électeurs s’étaient prononcés contre lors d’un référendum en 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens

20 Minutes avec AFP

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Le président bolivien Evo Morales a dénoncé mercredi la grève générale lancée dans son pays à l'appel de l'opposition en la comparant à un
Le président bolivien Evo Morales a dénoncé mercredi la grève générale lancée dans son pays à l'appel de l'opposition en la comparant à un — Pedro UGARTE / AFP

Après la grève générale lancée en Bolivie, ce mercredi, pour protester contre le dépouillement des élections présidentielles donnant la victoire au chef d’Etat sortant, le socialiste Evo Morales, ce dernier a qualifié la mobilisation de « coup d’Etat ».

« Un processus de coup d’Etat est en cours (…) la droite s’est préparée, avec le soutien international, à un coup d’Etat », a déclaré le dirigeant socialiste, qui s’est dit « totalement sûr » d’avoir remporté l’élection présidentielle de dimanche, dont le dépouillement fait polémique.

Evo Morales a décrété « un état d’urgence »

« Jusqu’à présent, humblement, nous avons supporté (cela) pour éviter des violences. Nous n’avons pas été à la confrontation et nous n’entrerons pas dans une confrontation », a-t-il poursuivi. « Mais je veux appeler le peuple bolivien à se mobiliser de manière pacifique et dans le cadre de la Constitution, pour défendre la démocratie », a encore dit Evo Morales, qui a décrété « un état d’urgence ».

« Comment se manifeste le coup d’Etat ? En ne laissant pas le dépouillement des bulletins de vote se faire, en incendiant des structures de l’Etat, comme les tribunaux électoraux départementaux, en menaçant les locaux de campagne (du parti au pouvoir) », a-t-il martelé. « Je suis presque totalement sûr que, avec le vote des zones rurales, nous allons gagner au premier tour » la présidentielle, depuis laquelle le comptage des voix fait polémique.

Des soupçons de fraude de la part de l’opposition et des observateurs internationaux

La grève générale a débuté ce mercredi en Bolivie, trois jours après le dépouillement des élections de dimanche, donnant à Evo Morales une avance qui pourrait cependant se révéler insuffisante pour lui garantir une victoire dès le premier tour. Le lent décompte officiel des votes s’est poursuivi dans la nuit de mardi à mercredi. Pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40 % des suffrages et 10 points de pourcentage d’écart sur le deuxième.

Or, selon les derniers résultats officiels du dépouillement avec encore quelque 3 % seulement des bulletins restant à décompter, Evo Morales obtient 46,4 % des voix contre 37,07 % à son principal rival, le centriste Carlos Mesa, soit une avance inférieure aux 10 % nécessaires. Après de premiers résultats partiels, dimanche soir, pointant vers un second tour inédit entre Evo Morales et Carlos Mesa, de nouveaux résultats diffusés lundi par l’autorité électorale avaient donné quasiment la victoire au chef de l’Etat sortant, suscitant des soupçons de fraude de la part de l’opposition et des observateurs internationaux.

Le système de décompte critiqué par le vice-président du Tribunal suprême électoral bolivien

Le coup d’envoi de la grève nationale a été donné mardi soir dans l’est du pays par Luis Fernando Camacho, président de l’influent Comité Pro-Santa Cruz, une organisation de la société civile établie à Santa Cruz, capitale économique du pays et bastion de l’opposition. Il a donné jusqu’à mercredi midi aux autorités électorales pour confirmer qu’il y aurait un second tour. En réponse, un groupe de syndicats ouvriers et paysans proches du pouvoir, la Conalcam, a enjoint à ses militants de défendre les résultats officiels et appelé à un rassemblement mercredi à La Paz qui devrait être une démonstration de force en soutien à Evo Morales.

Signe du malaise entourant le dépouillement, le vice-président du Tribunal suprême électoral bolivien (TSE), Antonio Costas, a annoncé mardi sa démission en critiquant le système de décompte. Lundi à Sucre (sud-est), la capitale constitutionnelle, et à Potosi (sud-ouest) la foule a mis le feu au tribunal électoral départemental. Dans le même temps, des affrontements avec la police se sont produits à La Paz (ouest) et le local de campagne du parti au pouvoir a été saccagé à Oruro (ouest). Un troisième tribunal électoral a été incendié dans la nuit à Cobija (nord).

« Un audit de tout le processus de décompte officiel »

Dès lundi, les observateurs de l’Organisation des Etats américains (OEA) ont fait part de leur « profonde inquiétude et surprise face au changement radical et difficile à justifier concernant la tendance des résultats préliminaires ». Mardi, tentant de donner de nouveaux gages de transparence, le gouvernement a proposé aux observateurs de l’OEA de mettre en place « au plus vite, une commission pour mener un audit de tout le processus de décompte officiel ». Une réunion sur la Bolivie est prévue mercredi à Washington, au siège de l’OEA.

Pour la première fois, le TSE a pris la parole mardi pour se défendre. « Nous n’avons rien à cacher », a lancé la présidente Maria Eugenia Choque. « Il n’est pas possible de frauder », a ajouté Edgar Gonzales, un des magistrats du TSE, car « la population a accès aux procès-verbaux ». La décision d’Evo Morales de briguer un quatrième mandat, alors que les électeurs s’étaient prononcés contre lors d’un référendum en 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l’opposition, qui estime que le régime pourrait tourner à l’autocratie en cas de nouvelle victoire.