Brexit : Pourquoi le Parlement britannique bloque-t-il la sortie de l’Union européenne malgré le résultat du référendum ?

DIVISES COMME JAMAIS Depuis le vote du Brexit il y a trois ans, le Parlement britannique n’a toujours pas commencé à sortir de l'UE

20 Minutes avec AFP

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Des manifestants devant le Parlement britannique, le 22 octobre 2019 à Londres.
Des manifestants devant le Parlement britannique, le 22 octobre 2019 à Londres. — Tolga Akmen / AFP
  • Au Royaume-Uni, le Parlement a refusé mardi l’examen accéléré de l’accord de Brexit voulu par le gouvernement.
  • Un vote qui compromet encore les chances d’une sortie de l’Union européenne avec accord le 31 octobre.
  • Le Parlement anglais, à l’origine du blocage, est plus divisé que jamais.

Westminster est dans l’impasse. Les députés britanniques ont encore coupé Bojo dans son élan, cette fois-ci en refusant l’examen accéléré de la loi, proposée par le Premier ministre. Le Brexit est donc encore repoussé. De quoi rendre fous les commentateurs, plus de trois ans après le vote populaire appelant à une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais alors, pourquoi tant de blocages ? Avec l’aide de deux experts du sujet, 20 Minutes vous explique la situation.

Un Royaume construit autour de son Parlement

Il faut tout d’abord prendre en compte une particularité toute british : le Royaume-Uni possède un Parlement fort. « Le Parlement britannique a un pouvoir considérable par rapport à la France », explique Jean-Louis Clergerie, auteur du livre L’impasse du Brexit (éd. Temps Presents, 2019). A Westminster, le bâtiment qui abrite la Chambre des communes, il n’y a pas d’équivalent au 49.3, cet article de la Constitution française qui permet de faire passer une loi sans le vote des députés. « En France, on a une sorte de monarchie démocratique, où le président de la République a énormément de pouvoir, et un pouvoir de contrainte sur le Parlement grâce au 49.3. En Angleterre, on n’a pas l’équivalent. Le Premier ministre dépend de la volonté absolue des députés. On le voit là, Boris Johnson  voulait sortir de l’UE le 31 octobre, on l’en a empêché », rappelle-t-il. « Les députés l’ont même poussé à signer un accord avec les 27. »

Le Parlement a donc du pouvoir, et ne s’est pas privé de l’exercer depuis le début du Brexit, en rejetant à trois reprises le fameux accord de sortie de l’Union européenne, défendu par Theresa May. « Le Royaume-Uni est construit autour de son Parlement », confirme Philippe Moreau-Defarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Des partis très divisés

« Est-ce que ça va laisser des traces ? Oui certainement », prévient Philippe Moreau-Defarges. Elles sont déjà visibles dans la vie politique du pays, au sein de partis déchirés par le Brexit. « Les députés savent ce qu’ils ne veulent pas – un Brexit sans accord – mais ils ne savent pas ce qu’ils veulent », résume-t-il encore.

Conservateurs, travaillistes, extrême droite… Comme le peuple britannique, les députés sont très divisés : il n’y a pas de véritable majorité. Les consignes de vote de chaque leader ne sont plus respectées. « Le parti conservateur peut-il survivre au Brexit ? », « Pourquoi les travaillistes sont-ils aussi divisés sur le Brexit », s’interroge la presse britannique. « Les divisions entre les travaillistes et les conservateurs sont telles que des élections sont inévitables », estime Philippe Moreau-Defarges. « Au Royaume-Uni, l’opposition a pourtant un rôle essentiel, reconnu, institutionnel, rappelle Jean-Louis Clergerie. Mais aujourd’hui, ce bipartisme n’existe presque plus. »

Rallier les tièdes et susciter la haine

Ces divisions viennent aussi de la personnalité du Premier ministre, Boris Johnson, selon le spécialiste. « Boris Johnson est souverainste mais c’est aussi un type intelligent, et opportuniste, qui a longtemps été proeuropéen », raconte Philippe Moreau-Defarges. Aujourd’hui, il se veut l’architecte de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Et sa personnalité accentue les clivages. « Dans sa logique, il veut contraindre les tièdes à se rallier à lui. Il suscite à la fois de la haine et des enthousiasmes forts », explique le chercheur émérite. Résultat : les débats sont au point mort.

« Le parlement est incapable d’avoir un vote positif, il ne peut que rejeter des choses », note Philippe Moreau-Defarges. « Ce sont les avantages de la démocratie mais aussi ses inconvénients, car la situation est bloquée depuis maintenant trois ans et demi », rappelle Jean-Louis Clergerie. A l’origine, le Brexit devait avoir lieu… le 29 mars 2019. L’Union européenne ayant accepté de repousser encore la date de sortie du Royaume-Uni, la prochaine date butoir pourrait être le 31 janvier 2020. Presque quatre ans après le référendum de sortie qui a eu lieu en juin 2016. Mais d’ici là, tout est encore possible.