VIDEO. Bolivie : Des soupçons de fraudes provoquent des manifestations après le premier tour de la présidentielle

SCRUTIN Finalement, Evo Morales pourrait être réélu dès le premier tour, contrairement aux premières indications, ce qui suscite quelques doutes

20 Minutes avec AFP
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Lors d'une manifestation de l'opposition, en septembre, au siège de l'ONU à New York.
Lors d'une manifestation de l'opposition, en septembre, au siège de l'ONU à New York. — Erik Pendzich/REX/SIPA

Une grève générale a débuté mercredi en Bolivie, où de nouveaux incidents ont éclaté dans la nuit pour protester contre le dépouillement des élections de dimanche, en passe de donner le président sortant Evo Morales vainqueur au premier tour. Alors que le lent décompte des votes se poursuivait dans la nuit de mardi à mercredi, le chef de l’Etat socialiste devait donner une conférence de presse à 7 heures (locale). Il ne s’est pas exprimé publiquement depuis dimanche soir.

Signe du malaise entourant le dépouillement, le vice-président du Tribunal suprême électoral bolivien (TSE), Antonio Costas, a annoncé mardi sa démission en critiquant le système de décompte. Un peu partout dans le pays, des manifestations de l’opposition et d’organisations plus proches du pouvoir ont lieu. De nouveaux incidents ont éclaté mardi soir à La Paz, où des manifestants ont affronté la police à proximité de l’hôtel où se trouve l’autorité électorale. « Non, non, non, je n’ai pas envie de vivre dans une dictature, comme au Venezuela ! », scandaient-ils, dressant des barricades.

Soupçons de fraude

Alors que les premiers résultats partiels, dimanche soir, pointaient vers un second tour inédit entre Evo Morales et son principal adversaire, le centriste Carlos Mesa, de nouveaux résultats diffusés lundi par l’autorité électorale donnaient quasiment la victoire au chef de l’Etat sortant, suscitant des soupçons de fraude de la part de l’opposition et des observateurs internationaux.

Pendant ce temps, l’autre système parallèle de dépouillement, le décompte officiel et définitif des procès-verbaux, touchait à sa fin. A 96,27 % des bulletins dépouillés, la page web du TSE créditait le président socialiste de 45,98 % des voix, contre 37,41 % à Carlos Mesa, soit une avance de 8,57 points de pourcentage. Pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40 % des suffrages et 10 points de pourcentage d’écart sur le deuxième.

Les observateurs sceptiques

Dès lundi, les observateurs de l’Organisation des Etats américains (OEA) ont fait part de leur « profonde inquiétude et surprise face au changement radical et difficile à justifier concernant la tendance des résultats préliminaires ». « Nous n’allons pas reconnaître ces résultats qui font partie d’une fraude réalisée de manière honteuse et qui est en train de placer la société bolivienne dans une situation de tension inutile », a dénoncé lundi à Santa Cruz Carlos Mesa, qui exige un second tour.

Pour la première fois, le TSE a pris la parole mardi pour se défendre. « Nous n’avons rien à cacher », a lancé la présidente Maria Eugenia Choque. « Il n’est pas possible de frauder », a ajouté Edgar Gonzales, un des magistrats du TSE, car « la population a accès aux procès-verbaux ». Sa décision de briguer un quatrième mandat, alors que les électeurs s’étaient prononcés contre lors d’un référendum en 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l’opposition, qui estime que le régime pourrait tourner à l’autocratie en cas de nouvelle victoire.