Impeachment : Donald Trump face au témoignage « accablant » d’un diplomate

ETATS-UNIS Bill Taylor, chargé d'affaires américain à Kiev, a assuré que la Maison Blanche avait clairement conditionné l'aide américaine à une enquête sur l'élection de 2016 et Joe Biden

20 Minutes avec AFP

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William Taylor, chargé d'affaires américain en Ukraine, après son audition au Congrès américain le 22 octobre 2019.
William Taylor, chargé d'affaires américain en Ukraine, après son audition au Congrès américain le 22 octobre 2019. — Andrew Harnik/AP/SIPA

Quid pro quo ou pas quid pro quo, l’impeachment de Donald Trump se joue en grande partie sur cette locution latine, avec la question suivante : le président américain a-t-il exigé une contrepartie pour débloquer 400 millions de dollars d’aide à l’Ukraine ? Mardi, un diplomate américain entendu par le Congrès a répondu par l’affirmative, livrant un témoignage accablant pour le locataire de la Maison Blanche, assurant que Donald Trump avait tenté d’utiliser la politique étrangère américaine à des fins politiques personnelles.

Les élus démocrates de la Chambre des représentants ont vu dans dans le récit de Bill Taylor, chargé d’affaires américain à Kiev, la preuve que les soupçons les ayant poussés à lancer une procédure en vue de la destitution du 45e président des Etats-Unis étaient fondés.

Lors d’une déclaration à huis clos, dont le contenu a rapidement fuité, ce diplomate de carrière a relaté comment le président de la première puissance mondiale avait essayé de faire pression sur l’Ukraine pour que ce pays enquête sur la famille de son rival démocrate Joe Biden à l’approche de l’élection de 2020. Et avait conditionné l’octroi d’une aide de Washington à Kiev à l’aboutissement de sa demande.

« Payer avant qu’il ne reçoive le chèque »

Devant la Chambre des représentants, Taylor, a relaté que Gordon Sondland, ambassadeur américain auprès de l’Union européenne (UE), lui avait clairement indiqué que Donald Trump avait lié le déblocage d’une aide à l’Ukraine à l’annonce par Kiev d’une enquête visant le fils de M. Biden, qui fut au conseil d’administration d’une entreprise ukrainienne. Gordon Sondland « m’a dit que tout était lié à une telle annonce, y compris l’aide », a-t-il raconté dans une longue déclaration de 15 pages.

« L’ambassadeur Sondland a dit qu’il avait parlé au président ukrainien Volodymyr Zelensky (…) et lui avait dit que ''même si ce n’est pas une contrepartie'', s’il ''n’éclaircissait pas les choses'' en public, nous serions dans une impasse », a-t-il raconté devant les élus. « J’ai compris ''impasse'' comme voulant dire que l’Ukraine ne recevrait pas l’assistance militaire dont elle avait cruellement besoin », a-t-il ajouté.

La diplomate a aussi souligné comment l’ambassadeur avait essayé de lui expliquer la logique « d’homme d’affaires » de Donald Trump. « Lorsqu’un homme d’affaires est sur le point de signer un chèque à quelqu’un qui lui doit quelque chose, l’homme d’affaires demande à cette personne de payer avant qu’il ne signe le chèque ».

« Témoignage accablant »

Nombre d’élus démocrates ayant assisté à l’audition ont insisté sur la force de cette déposition. « Ce que j’ai entendu aujourd’hui de la part de Bill Taylor était très troublant et explosif », a tweeté Adriano Espaillat. « C’était tout simplement le témoignage le plus accablant que j’ai entendu », a surenchéri l’élue Debbie Wasserman Schultz. « Tout y est », a ajouté Tom Malinowski. « Je ne sais pas quoi ajouter face à une déclaration aussi claire et détaillée ».

Dans un message daté de début septembre adressé à Goron Sondland, Bill Taylor s’inquiétait ouvertement des pressions exercées par la Maison Blanche sur la présidence ukrainienne. Je « trouve ça dingue de suspendre l’aide sécuritaire en échange d’un coup de main pour une campagne politique », écrivait-il.

Donald Trump n’a pas réagi directement à ce témoignage mais sa porte-parole, Stephanie Grisham, a dénoncé une « campagne de calomnies » menée « par des élus d’extrême gauche et des bureaucrates radicaux non-élus qui sont en guerre contre la Constitution ».