Les Libanais affluent pour une nouvelle mobilisation contre le pouvoir

CONTESTATION Des manifestants ont convergé en grand nombre dimanche vers le centre de Beyrouth, au quatrième jour d'un mouvement de contestation qui réclame le départ de la classe politique

20 Minutes avec AFP

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Des manifestantes libanaises, le 19 octobre.
Des manifestantes libanaises, le 19 octobre. — Hussein Malla/AP/SIPA

Hommes, femmes et enfants ont convergé en grand nombre dimanche vers le centre de Beyrouth, au quatrième jour d’un mouvement de contestation sans précédent au Liban, qui réclame le départ de la classe politique jugée corrompue et accusée d’avoir enfoncé le pays dans une crise sans fin.

Dans une ambiance festive, des dizaines de milliers de personnes ont aussi manifesté dans les autres villes de ce petit Etat du Proche-Orient. A Tripoli, dans le nord, mais aussi dans des localités chiites au Sud ou dans les villes druzes et chrétiennes de l’Est, les Libanais ont défilé pour exprimer leur ras-le-bol.

Slogans et instruments de musique

Dans la capitale, Zalfa Aboukaïs, une employée de 27 ans, « manifeste contre les voyous au pouvoir depuis 30 ans », soit depuis la fin de la guerre civile en 1990. Elle a écrit le nom de députés libanais sur des bouts de papier qu’elle accroche patiemment sur les barbelés installés par les forces de l’ordre pour contenir la foule. « Tous des voleurs », cingle-t-elle.

A Beyrouth, on fumait dimanche des chichas et on jouait aux cartes dans la rue. Certains accompagnaient les slogans avec des instruments de musique. A Tripoli, une ville pourtant conservatrice, la foule massée place al-Nour a dansé tard samedi soir au rythme d’une musique animée par un DJ et diffusée via haut-parleurs. Fait marquant, la contestation a aussi gagné des fiefs du Hezbollah et du mouvement Amal, dans le sud du pays. Dans la ville de Tyr (sud), les pêcheurs ont manifesté dans leurs barques en portant des drapeaux libanais alors que la foule les suivait en défilant sur le port.

Des réformes voulues par Saad Hariri

Dimanche, les principaux partis libanais ont accepté une série de réformes proposées par le Premier ministre Saad Hariri. Face à la pression de la rue, ce dernier avait donné trois jours à son gouvernement pour avaliser ces réformes, jusque-là bloquées par les divisions politiques. Il avait laissé entendre qu’il pourrait démissionner s’il ne réussissait pas à obtenir un feu vert. Une réforme très attendue devrait notamment s’attaquer au secteur de l’Energie, pour mettre fin aux incessantes coupures d’électricité qui minent le quotidien des Libanais.

Allié de Saad Hariri, le parti chrétien des Forces Libanaises a lui annoncé samedi la démission de ses quatre ministres du gouvernement, une initiative accueillie dans la liesse par les manifestants. Mais le slogan « Tous veut dire Tous » a été aussitôt crié, pour dire l’exigence d’un renouvellement de toute la classe politique, y compris donc du côté du président Michel Aoun et de ses alliés du Hezbollah.

Le mouvement, qui paralyse le pays avec la fermeture des banques, des institutions publiques et de nombreux magasins, a démarré de manière spontanée jeudi après l’annonce d’une taxe sur les appels effectués via WhatsApp. Une mesure destinée à renflouer un peu les finances exsangues du pays mais qui a dû être aussitôt annulée sous la pression de la rue. Les manifestants, de tous les âges et de tous les milieux, ont néanmoins continué de se rassembler jour et nuit dans la rue. Des craintes d’une dévaluation pour la première fois en 22 ans de la livre libanaise, synonyme d’un nouvel appauvrissement dans une économie dollarisée, avaient déjà fait monter la colère de la population ces dernières semaines.