Accord sur le Brexit : « Ça fait si longtemps que ça dure »... On était à la grande manifestation des anti

MANIFESTATION Parapluies, chapeaux, casquette et drapeaux… Les rues de Londres étaient aux couleurs de l’Europe ce samedi. Au cours d’une manifestation anti-Brexit, les Britanniques pro-UE ont fait une démonstration de force

Lucie Bras

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Les anti-Brexit étaient des centaines de milliers dans les rues de Londres ce samedi 19 octobre.
Les anti-Brexit étaient des centaines de milliers dans les rues de Londres ce samedi 19 octobre. — FREDERICK FLORIN / AFP
  • A Londres, des centaines de milliers de manifestants ont déambulé dans les rues ce samedi 19 octobre, pour protester contre le Brexit et demander « un dernier mot » par le biais d’un deuxième référendum.
  • Pendant ce temps, les députés ont débattu au Parlement de l’accord de Brexit obtenu par Boris Johnson, sur lequel ils ont finalement décidé de reporter leur décision.
  • S’ils sont satisfaits du report de la décision, les manifestants craignent encore et toujours le Brexit et ses conséquences en termes d’environnement, de travail et de santé.

De notre envoyée spéciale à Londres,

Londres en jaune et bleu. Les couleurs de l’Europe, brandies par les anti-Brexit, ont inondé les rues de la capitale britannique ce samedi. Ton sur ton avec le soleil radieux de ce « Super Saturday », journée de manifestation. Mais comme on est à Londres, il fallait bien une grosse averse. Hasard ou coïncidence, elle est tombée en quelques minutes sur la foule, au moment même où les députés entamaient l'un des votes cruciaux du Brexit. De quoi doucher les manifestants, mais pas leurs espoirs.

Alors que le Parlement vient une nouvelle fois de repousser la date du Brexit, obligeant Boris Johnson à demander lui-même un report à l’Union européenne, Jenny se tient à l’écart de la foule, devant le Parlement, avec une amie. Elle se réjouit. « C’est fantastique. On était un peu sans espoir ces derniers jours, on voyait le Brexit arriver. Cette marche et ce vote, ça nous redonne de l’énergie », sourit-elle. Les manifestants réunis autour du slogan « a final say », « un dernier mot », se sont réunis devant le Parlement britannique en fin d’après-midi pour causer Brexit et demander un deuxième référendum.

50 % d’Aliens chez les Britanniques

Parmi eux, il y a Nicky, Leona et Bethy, 19 ans. Quand le Brexit a été voté en 2016, ils n’ont pas pu faire entendre leur voix. Aujourd’hui, ils ne veulent pas laisser passer leur chance. Eveillés à la politique par cette bataille sans fin, ils se satisfont du nouveau report du Brexit. « C’est plein d’espoir, c’est une rébellion contre le gouvernement, c’est la démocratie en action », commente Bethy, ravie. Enthousiasme partagé un peu plus loin par Ruppert, 60 ans, une bière à la main : « C’est super de voir l’accord de Boris Johnson mis en pièces, cet homme n’a pas de morale ! Mais ça fait si longtemps que ça dure… », soupire-t-il.

Comme lui, de nombreux Britanniques oscillent entre espoir et découragement. « Repousser le vote, ça veut dire qu’on va devoir faire face à la même situation dans quelques semaines. J’adorerais rester dans l’UE, mais je déteste l’idée d’un pays si divisé », se désole Matthew, 37 ans. « Le mot Brexit me casse. Je n’en peux plus, rien que le fait de le prononcer, ça me fait frissonner. » Pays divisé et processus sans fin… Le Brexit pourrait-il causer un vrai cas de syndrome post-traumatique chez les Britanniques ? En tout cas, il s’en rapproche. Comme on garde en mémoire un mauvais souvenir, Sean, 53 ans, n’oubliera pas le jour où il a appris la victoire des « Brexiters ». « Vous avez déjà vu le film They live ? C’est un homme qui découvre une paire de lunettes, il les met, et il découvre que la moitié des êtres vivants sur Terre sont des Aliens. Pour moi, le Brexit, c’était exactement la même sensation. Je me suis dit : "Ah… Donc la moitié de ces gens ont voté contre quelque chose que je pensais être un fondement de notre société" », raconte Sean, 53 ans, chemise à carreaux et veste en cuir.

« Il me restera quoi à construire ? »

Dans ce cortège composé de jeunes, de familles et de seniors, Guy, 34 ans, est venu parce qu’il a « senti qu’il fallait être là » pour ce jour si particulier. « Je ne reconnais pas le pays dans lequel j’ai grandi. On ne nous a pas assez parlé d’Europe, et voilà le résultat ». Il manifeste avec sa compagne Louisa, 28 ans. « On s’est demandé où on voulait être aujourd’hui et on a senti qu’il fallait qu’on soit là. C’est fantastique, on n’a jamais vu autant de drapeaux européens flotter dans l’air au Royaume-Uni », sourit-elle.

Elle a étudié le français en année Erasmus à Montpellier​ : « C’est une ville très conviviale, internationale, avec beaucoup d’échanges. C’est un vrai contraste avec l’esprit du Brexit : la xénophobie, le racisme et cette haine des autres. L’expérience d’Erasmus sera peut-être difficile, même presque impossible pour les générations à venir », regrette-t-elle.

« Je suis fatigué »

Certains ont déjà trouvé une porte de sortie… vers l’Union européenne, comme Becca et Madelene, 19 ans, qui vivent à Londres depuis leur enfance. « On va pouvoir demander la nationalité espagnole, que l’on peut avoir par notre mère. Si on l’obtient, on sera moins affectés que les autres, c’est sûr », déclare Madelene. Pas d’avenir pour elle au Royaume-Uni. « J’étudie l’ingénierie à l’université. Si le Brexit se produit, on n’aura aucun investissement dans le pays. Et si on n’a pas d’argent, il me restera quoi à construire ? », déplore Becca. Un peu plus loin, Tess et Alex, 15 ans, ont la même crainte pour l’avenir : « C’est notre génération qui va subir les conséquences du Brexit ».

L’inquiétude des jeunes, à laquelle répond celle des plus âgés. Un peu avant la manifestation, on avait rencontré Peter, tee-shirt bleu étoilé, mention « Vétérans de l’Europe », arrivé très (très) en avance au rendez-vous des manifestants. Il résume assez bien la lassitude de ces Britanniques. « Cette fois, c’est notre dernière chance », martèle Peter. « Et je le referai encore la prochaine fois, en cas d’extension du Brexit », poursuit-il, comme s’il n’y croyait pas lui-même. « Je suis fatigué, j’aimerais que cette situation ne soit jamais arrivée à la Grande-Bretagne. Beaucoup de gens veulent que ça se termine et supportent l’accord de Boris Johnson mais ils se trompent : ce n’est que le début des négociations d’un accord commercial, ça ne fait que commencer. »