Brexit : Que va-t-il se passer après cette folle journée à Londres ?

RECAP Un vote décisif retardé, un amendement de dernière minute qui change tout et Boris Johnson qui voit rouge… On vous résume cette nouvelle folle journée de Brexit et ce qu'elle implique pour les jours à venir

Jean-Loup Delmas

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Boris Johnson au Parlement ce samedi
Boris Johnson au Parlement ce samedi — AFP / PRU
  • C’est une nouvelle folle journée qu’a connue le feuilleton Brexit ce samedi.
  • Alors que le Parlement devait voter l’accord proposé par Boris Johnson, un amendement de dernière minute a repoussé la date de ce vote, plongeant une fois de plus le Royaume-Uni dans le flou.
  • On vous explique tout sur cette énième péripétie et sur les conséquences qu'elle pourrait avoir.

On pensait avoir tout vu sur le Brexit, mais les Britanniques arrivent encore à nous suspendre. Retour sur une journée folle, comme seul ce feuilleton sait les produire, et ses conséquences. Commençons par un bref rappel de la situation initiale : le Parlement devait voter samedi pour autoriser – ou non – l’accord obtenu entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni jeudi. Un accord que le Premier ministre Boris Johnson ne cessait de défendre, le jugeant « très bon pour le Royaume-Uni » et qui avait le mérite de régler l’épineuse question de la frontière nord-irlandaise.

Pour l’occasion, la Chambre des communes était donc ouverte ce samedi pour le vote, un évènement historique puisque la dernière fois que les députés s’étaient rassemblés un samedi remontait à la guerre des Malouines il y a 37 ans. Boris Johnson entamait fort la journée en indiquant qu’il était temps d’avancer, qu’un report serait coûteux et désastreux et qu’il fallait à nouveau « unir » la nation en prenant une décision sur ce sujet qui divise le pays depuis tant d’années. Bref, il y avait des raisons de croire que le schmilblick allait enfin avancer.

L’amendement Letwin renverse la situation

C’était sans compter le député conservateur Oliver Letwin, qui a déposé un amendement éponyme proposant qu’aucun vote ne puisse avoir lieu tant que toutes les législations inscrivant le Brexit dans la loi primaire britannique n’ont été adoptées. Or, ce processus n’est prévu que pour la semaine prochaine.

S’il a affirmé plusieurs fois être pour l’accord de son chef de file Boris Johnson, il a expliqué son amendement en deux raisons. Premièrement, les pro-accords ont peur que même en cas de vote positif du Parlement, les lois ne soient pas adoptées à temps, aboutissant à un no deal par défaut le 31 octobre. Deuxièmement, il a plaidé au Parlement que son amendement permettait une vision moins binaire des choses, déclarant : « Le Premier ministre a une stratégie, il veut pouvoir dire aux hésitants que c’est son accord ou pas d’accord. En dépit de mon soutien pour l’accord présenté par le Premier ministre, je ne pense pas qu’il soit responsable de mettre ainsi la nation en danger en formulant une telle menace. »

Trois lettres envoyées par BoJo

Des arguments qui ont semble-t-il convaincu les députés, puisque l’amendement a été voté 322 voix contre 306, plongeant l’avenir du Royaume-Uni encore plus dans le flou. Boris Johnson a réagi de manière assez énervée après ce vote sonnant comme un désaveu : « Je garde la conviction que la meilleure chose pour le Royaume-Uni et toute l’Europe est un Brexit avec ce deal le 31 octobre ».

Selon le Benn Act, loi récente datant de septembre, Boris Johnson est forcé de demander un report de trois mois à l’Union européenne consécutivement à ce vote. C’est donc contraint que le Premier ministre britannique a adressé une lettre au Conseil européen formalisant cette demande. Donald Tusk, président du Conseil européen, a annoncé avoir reçu la demande de report à 23 heures. Mais selon plusieurs médias britanniques, Boris Johnson a refusé de la signer. Il a en revanche envoyé une seconde lettre, elle signée, spécifiant qu’il ne voulait pas d’un nouveau délai.

La législation mise en place dès la semaine prochaine

Plus tôt dans la soirée, il avait insisté sur son désaccord auprès des députés britanniques. « Je dirai à l’UE ce que j’ai déjà dit au peuple britannique au cours de mes 88 jours en tant que Premier ministre : un nouveau délai n’est pas une solution ».

« Il est fort possible que nos amis dans l’Union européenne rejettent la requête du Parlement pour plus de délai [ou ne prennent pas une décision rapidement] » avait-il ajouté. Inflexible, Boris Johnson a assuré qu’il présenterait « la semaine prochaine » au Parlement la législation nécessaire à la mise en œuvre du vote de son accord de Brexit.

L’Europe renvoie les Britanniques à leur responsabilité

Ce dimanche, les ambassadeurs des Vingt-Sept ont rendez-vous à Bruxelles pour discuter (encore) du Brexit. Cette réunion était déjà prévue avant le plot-twist de samedi, mais nul doute que ce nouveau rebondissement risque d’occuper les discussions. Pour le moment, l’Europe n’a pas donné de réponse claire à cette situation.

L’Elysée s’est montré beaucoup plus tranchant que le reste des Vingt-Sept, indiquant dans un communiqué qu’un « délai supplémentaire n’est dans l’intérêt de personne et qu’un accord avait été négocié », attendant que le Parlement britannique s’exprime sur le sujet. Moins solennellement, la commission européenne​ avait également rappelé que l’initiative était encore aux Britanniques, indiquant que « c’est au gouvernement britannique de nous informer des prochaines étapes dès que possible », par le biais de Mina Andreeva, porte-parole de Jean-Claude Juncker. Wait and see… Again…