Syrie: La Turquie accuse les forces kurdes de violer le cessez-le-feu, et vice-versa

TREVE FRAGILE Selon le ministère turc de la Défense, les Kurdes auraient mené 14 attaques

G. N. avec AFP

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Des supplétifs syriens des troupes turques près de la ville de Ras al-Ayn, en Syrie, vendredi 19 octobre.
Des supplétifs syriens des troupes turques près de la ville de Ras al-Ayn, en Syrie, vendredi 19 octobre. — /AP/SIPA

La Turquie accuse ce samedi les forces kurdes d’avoir violé la trêve dans le nord-est de la Syrie à plusieurs reprises depuis son entrée en vigueur jeudi. « Les forces armées turques respectent totalement l’accord négocié jeudi avec les Etats-Unis, assure le ministère turc de la Défense dans un communiqué. Malgré cela, des terroristes [terme utilisé par la Turquie pour désigner les forces kurdes des YPG] ont mené un total de 14 attaques dans les dernières 36 heures. »

Le ministère a précisé que 12 des attaques provenaient de la ville frontalière syrienne de Ras al-Aïn, une de Tal Abyad et une autre de la région de Tal Tamr, indiquant que divers armements légers et lourds, dont des roquettes, avaient été utilisés.

De son côté, le commandement général des FDS a dit samedi dans un communiqué son « engagement à respecter le cessez-le-feu ». Mais un de leurs commandants, Redur Khalil, a indiqué à l’AFP que du « côté turc, on ne le respecte pas, ne permettant pas l’ouverture d’un couloir humanitaire pour sortir les blessés et civils bloqués dans la ville de Ras al-Aïn ». Mazloum Abdi, un autre commandant des FFDS, a accusé samedi la Turquie de saboter l’accord en empêchant le retrait des combattants de la ville assiégée de Ras al-Aïn.

La situation semblait calme samedi matin, selon des correspondants de l’AFP à Ceylanpinar, localité turque qui fait face à Ras al-Aïn, que les forces turques étaient en passe de prendre aux YPG avant l’entrée en vigueur de la trêve. Contrairement aux précédents jours, aucun bombardement ne pouvait être entendu depuis Ceylanpinar. Dans la nuit, seulement quelques tirs en provenance de la Turquie en direction de Ras al-Aïn ont été entendus, selon des témoins.

« Dès que le délai de 120 heures expire, nous reprendrons là où nous nous étions arrêtés et continuerons à écraser les têtes des terroristes », a cependant déclaré le président turc Recep Tayip Erdogan dans un discours, en référence aux forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), principale composante des FDS.

Des civils tués malgré la trêve

Après des pourparlers avec les Etats-Unis, la Turquie avait annoncé jeudi accepter de suspendre son offensive en Syrie pour cinq jours. Mais le président turc Recep Tayyip Erdogan a prévenu vendredi qu'il reprendrait ses opérations militaires contre les forces kurdes si ces dernières ne se retiraient pas rapidement de la zone frontalière du Nord-Est syrien, où la Turquie veut établir une « zone de sécurité ». Vendredi cette trêve semblait pourtant vaciller avec la mort de 14 civils dans le nord-est de la Syrie dans des bombardements turcs, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Interrogé à Bruxelles par des journalistes sur l’accord de cessez-le-feu arraché jeudi au président Erdogan, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a reconnu qu’il n’avait pas été « instantanément » mis en œuvre par les belligérants. Il a pointé des problèmes de « coordination » pour assurer « un retrait sécurisé des combattants des YPG (Kurdes des Unités de protection du peuple) de la zone contrôlée par les Turcs couverte par l’accord ».