Impeachment: Le chef de cabinet de Trump fait un aveu surprenant sur l'aide à l'Ukraine

JEUDI CONFESSION Mick Mulvaney a admis que le gel de l'aide américaine était en partie lié à la demande d'enquêter sur l'élection de 2016, avant de faire machine arrière

P.B. avec AFP

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Le chef de cabinet de la Maison Blanche, Mick Mulvaney, le 17 octobre 2019.
Le chef de cabinet de la Maison Blanche, Mick Mulvaney, le 17 octobre 2019. — Evan Vucci/AP/SIPA

Depuis plusieurs semaines, Donald Trump le répète en boucle : il n’y a pas eu, assure-t-il, de « quid pro quo » (contrepartie) dans sa conversation avec le président ukrainien au cœur de l'enquête d'impeachment. Mais jeudi, son directeur de cabinet l’a contredit, expliquant devant les journalistes américains que la suspension de l’aide à l’Ukraine décidée avant le coup de fil était notamment liée à l’enquête en cours sur les démocrates et l’élection de 2016. Dans la soirée, il a effectué un rétropédalage, assurant que ses propos avaient été « déformés », assurant qu’il n’y avait « pas eu de contrepartie ».

Mulvaney, qui est depuis janvier le « chief of staff » par intérim de la Maison Blanche, est revenu sur le coup de téléphone entre Trump et Zelensky, et sur le gel de près de 400 millions de dollars d’aide américaine à l’Ukraine quelques semaines plus tôt. Ce gel a été décidé, a-t-il expliqué car « tout le monde sait que (l’Ukraine) est un pays corrompu », et Donald Trump voulait que du ménage soit fait. En faisait référence à ses interactions avec le président américain, Mulvaney a continué : « Est-ce qu’il a aussi mentionné en passant la corruption liée au serveur du parti démocrate ? Absolument, il n’y a aucun doute à ce sujet, c’est pour ça que nous avons gelé l’argent. »

Une demande basée sur une théorie du complot

Un peu de contexte car l’affaire est complexe. Il fait référence à une théorie du complot – qui semble obséder le président américain – selon laquelle le piratage des serveurs du parti démocrate n’aurait pas été réalisé par la Russie mais par l’Ukraine, une vérité que la société informatique Crowdstrike, qui a mené l’enquête, aurait camouflé. Donald Trump et ses partisans cherchent depuis le début à discréditer les origines de l'enquête du FBI sur les liens entre sa campagne et Moscou alors même que les autorités américaines sont remontées jusqu’aux adresses IP d’agents du renseignement militaire russe.

Ce que dit Mick Mulvaney, c’est que l’aide a été gelée notamment pour pousser Kiev à enquêter sur ce piratage et l’élection de 2016. En revanche, il a assuré que cela « n’avait absolument rien à voir » avec la demande de Donald Trump à Zelensky d’enquêter sur les activités du fils de Joe Biden en Ukraine.

« Contrepartie »

« Mick Mulvaney a complété la confession de Donald Trump », a réagi l’élu démocrate Eric Swalwell. Adam Schiff, qui supervise l’enquête d’impeachment, a, lui, estimé que ça allait de « mal en pis » pour la Maison Blanche, voyant dans la déclaration du chef de cabinet la preuve d’une « contrepartie ».

La gaffe du chef de cabinet a même fait réagir le département de la Justice, qui mène une enquête officielle sur l’élection de 2016. « Si la Maison Blanche a gelé l’aide pour obtenir la coopération (de l’Ukraine) à notre enquête, nous n’étions pas au courant », a assuré un responsable au New York Times. Après les aveux de Rudy Giuliani, qui avait reconnu sur CNN qu’il avait parlé de Joe Biden avec l’Ukraine, la Maison Blanche continue de se tirer des balles dans le pied.