Brexit : Nos conseils à Boris Johnson pour réussir (enfin) sa négociation

COACHING Si jamais on peut être utile…

Nicolas Raffin

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Boris Johnson tente de négocier un goûter supplémentaire.
Boris Johnson tente de négocier un goûter supplémentaire. — Alastair Grant/AP/SIPA
  • Les discussions sur le Brexit se poursuivaient ce jeudi, alors que le Royaume-Uni doit quitter l’UE le 31 octobre.
  • Les négociations patinent depuis des mois.
  • 20 Minutes a donc demandé à des experts de la négociation leur point de vue sur les discussions en cours.

[EDIT : Cet article a été publié avant l'annonce d'un accord entre Londres et Bruxelles jeudi 17 octobre.] 

Vous aussi, comme les négociateurs européens et britanniques, vous trouvez que le Brexit est un feuilleton légèrement épuisant ? Alors que le Royaume-Uni est censé quitter l’UE le 31 octobre, rien n’est encore joué. Après un nouveau round de discussions entamé mardi et prolongé mercredi, les pourparlers ont repris ce jeudi pour tenter de finaliser un accord. « Nous sommes sur une meilleure voie mais pas encore au but », a notamment expliqué la chancelière allemande Angela Merkel.

Et ce n’est pas tout. Même si le Premier ministre Boris Johnson arrache un compromis aux Européens, il devra encore faire valider le texte au Parlement britannique, où il ne dispose pas d’une majorité. Autant de difficultés à franchir en si peu de temps : on se croirait sur la route du prochain Tour de France. Pour aider « BoJo » à réussir sa mission impossible, 20 Minutes a donc fait appel à trois experts de la négociation dans différents domaines. La conclusion : Boris Johnson va devoir faire beaucoup d’efforts pour redresser une situation très mal embarquée. Et dont il est responsable en grande partie.

Conseil n°1 : Être clair sur ses objectifs

Laurent Combalbert a l’habitude des discussions difficiles. Ancien négociateur du RAID, l’unité d’élite de la police, il a ensuite fondé ADN Group, une société qui gère aussi bien des kidnappings que de grosses négociations commerciales. Pour lui, les tractations en cours sur le Brexit comportent des similitudes avec les prises d’otage : « Il s’agit de situations complexes où il faut savoir qui influence, qui décide, quels sont les points d’entrée et de sortie de la négociation » énumère-t-il.

C’est là que survient le premier problème. « Pour que les parties puissent discuter et éventuellement modifier leurs propositions, il faut un objectif commun partagé qui soit clair, assure Laurent Combalbert. Avec le Brexit, je ne suis pas sûr qu’il y ait cet objectif commun ». « Le Brexit illustre la grande difficulté de négocier avec quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il veut », renchérit Aurélien Colson, professeur de science politique et directeur de l’Institut de recherche et d’enseignement sur la négociation (IRENÉ) à l’Essec. A charge pour « BoJo », donc, d’être un peu (voire beaucoup) plus explicite.

Conseil n°2 : Changer d’attitude

L’autre problème de la négociation, c’est Boris Johnson lui-même. « Il a une réputation de menteur : personne ne prête plus crédit à ce qu’il dit, appuie Aurélien Colson. Il entretient aussi des relations personnelles très mauvaises avec plusieurs acteurs clefs, à commencer par le responsable du Brexit au Parlement européen, Guy Verhofstadt. »

Un problème de crédibilité donc, auquel s’ajouterait un problème de personnalité : « En affirmant qu’il quitterait l’UE quoi qu’il arrive fin octobre, Boris Johnson s’est placé dans un rapport de force, estime Laurent Combalbert. Il est dans la position d’un preneur d’otage qui bluffe en disant qu’il va tirer. En réalité, il n’est pas du tout en position de force, cela s’est notamment vu lorsqu’il a essayé de suspendre le Parlement britannique [la Cour suprême lui a finalement donné tort]. Son intérêt serait de se replacer dans la négociation collective ».

Conseil n°3 : Faire des concessions

« La négociation, c’est accepter de renoncer à certaines choses, rappelle Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT-Fonction Publique. C’est le plus difficile : un accord ne satisfait jamais toutes les revendications, car une négociation, ce n’est pas une guerre. Personne ne doit en sortir écrasé. » Pour Boris Johnson, cela impliquerait de renoncer au personnage qu’il s’est construit : « S’il veut garder absolument son image de fermeté, il peut aller jusqu’au bout [sortir de l’UE sans accord], prévient Laurent Combalbert. Mais il peut aussi se dire qu’il a atteint son objectif personnel – devenir Premier ministre – et qu’il peut lâcher du lest ». Le grand bluff, toujours.

Une formule magique ?

Boris Johnson a donc du boulot pour devenir le parfait négociateur. Mais attention, le résultat n’est pas garanti, prévient Aurélien Colson : « la négociation actuelle ne porte " que " sur les conditions de sortie du Royaume-Uni. Il faudra ensuite négocier les nouvelles relations entre le Royaume-Uni et le reste de l’Union européenne sur tous les sujets. Cela promet d’être plus long encore. » De toute façon, conclut-il, « la négociation sur le Brexit ne peut pas être " une réussite ". En effet, quel que soit le contenu de l’accord, le Royaume-Uni se trouvera économiquement fragilisé et l’UE perdra un membre important ». Une tâche quasi-impossible qui n’effraie pas Laurent Combalbert : « Faire cette négo, ça m’aurait intéressé. Les gens savent qu’on est disponible ». Transmis à qui de droit.