Iran : Deux chercheurs français emprisonnés, Paris dénonce « une situation inacceptable »

CRISE L’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah et le spécialiste français de la Corne de l’Afrique, Roland Marchal, ont été arrêtés ensemble en Iran en juin

20 Minutes avec AFP

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Le président iranien Hassan Rohani le 11 février 2016 à Téhéran.
Le président iranien Hassan Rohani le 11 février 2016 à Téhéran. — ATTA KENARE / AFP

Deux chercheurs français, arrêtés en juin en Iran, sont toujours détenus par Téhéran, ont annoncé les autorités françaises, ce mercredi, dénonçant « une situation inacceptable ».

Le 16 juillet, l’Iran avait reconnu avoir arrêté l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah, précisant que son « dossier » était « en cours d’instruction minutieuse par l’appareil judiciaire conformément aux lois du pays ». Mais un autre chercheur français, spécialiste de la Corne de l’Afrique, Roland Marchal, qui voyageait avec elle, avait été arrêté en même temps, a révélé Le Figaro, ce mardi.

Le consul de France à Téhéran a pu rendre visite au chercheur « à plusieurs reprises »

L’arrestation de Roland Marchal, connue des milieux universitaires, n’avait pas été révélée à la demande des autorités françaises qui avaient demandé un maximum de discrétion, espérant régler cet épineux dossier de façon diplomatique. Une fois l’arrestation de Roland Marchal révélée, le quai d’Orsay l’a confirmée mercredi, exigeant que soit mis fin « sans délai » à « cette situation inacceptable » et assurant être « pleinement mobilisé » pour la libération des deux chercheurs.

Confirmant que Roland Marchal est « actuellement détenu par les autorités iraniennes », le ministère a assuré que, « comme pour Mme Fariba Adelkhah, dès que nous avons été informés de sa situation, nous nous sommes mobilisés pour obtenir sa libération ». « Nous avons eu l’occasion d’exprimer notre ferme condamnation », a ajouté le ministère, qui précise que la protection consulaire a pu être exercée et que le consul de France à Téhéran a pu rendre visite au chercheur « à plusieurs reprises ». « Il bénéficie de l’assistance d’un avocat », selon le communiqué.

Fariba Adelkhah, franco-irannienne, soumise aux lois de Téhéran

Le Fonds d'analyse des sociétés politiques (Fasopo), auquel appartiennent les deux chercheurs de l’université parisienne Sciences Po, avait plus tôt dans la journée annoncé dans une lettre ouverte​ qu’il avait accepté, à la demande des autorités françaises, de garder le silence sur cette arrestation. « Cette discrétion semblait préférable aux autorités françaises qui s’étaient immédiatement engagées, au plus haut niveau, pour obtenir la libération de nos collègues dès que nous avions signalé leur disparition, le 25 juin, mais souhaitaient éviter toute surenchère nationaliste à Téhéran », a ajouté l’association.

« Elle nous le semblait aussi au vu des expériences des collègues étrangers s’étant retrouvés dans la même situation, qui signalaient combien la mobilisation médiatique "occidentale" avait été soit inutile soit pire, contre-productive », a poursuivi le Fasopo dans sa lettre ouverte. Les autorités iraniennes, qui ne reconnaissent pas la double nationalité et estiment que Fariba Adelkhah est une citoyenne iranienne soumise aux lois de ce pays, ont dénoncé, le 4 octobre comme une « ingérence inacceptable » une demande du ministère français des Affaires étrangères sur son cas. Les motifs de sa détention n’ont pas été rendus publics à ce jour.

L’opposant iranien Rouhollah Zam, réfugié en France, arrêté

Le contentieux entre Paris et Téhéran a également été alourdi par l’arrestation, dans des circonstances mystérieuses, de l’opposant iranien Rouhollah Zam, vivant en France où le statut de réfugié lui avait été accordé. Le quai d’Orsay avait « condamné fermement » son arrestation et assuré « suivre ce dossier avec vigilance ».

Son arrestation a été annoncée lundi par les Gardiens de la révolution iraniens, l’armée idéologique de la République islamique, le qualifiant de « contre-révolutionnaire dirigé par le renseignement français ». Rouhollah Zam a dirigé un canal sur la plateforme de messagerie cryptée Telegram, intitulé Amadnews et accusé par Téhéran d’avoir joué un rôle actif dans la contestation de l’hiver 2017-2018.