VIDEO. Catalogne : Scènes de guérilla urbaine à Barcelone après la condamnation des dirigeants indépendantistes

MANIFESTATIONS La condamnation de neuf dirigeants catalans à des peines allant de neuf à treize ans de prison pour la tentative de sécession de la Catalogne en 2017 a relancé les tensions dans la région

20 Minutes avec AFP

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La police espagnole devant une barricade en feu à Barcelone, le 15 octobre 2019.
La police espagnole devant une barricade en feu à Barcelone, le 15 octobre 2019. — Emilio Morenatti/AP/SIPA

Conteneurs en feu, charges policières : le centre de Barcelone a vécu des scènes de guérilla urbaine mardi soir au deuxième jour des manifestations contre la condamnation des dirigeants séparatistes pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017. Après le blocage de l’aéroport de Barcelone lundi par des milliers de manifestants, la tension est montée d’un cran dans la région.

Le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a dénoncé dans un communiqué la « violence généralisée » dans les manifestations ayant eu lieu à Barcelone et d’autres villes comme Tarragone, Gérone ou Lérida. « Une minorité veut imposer la violence dans les rues des villes catalanes (…) Il est évident que nous ne sommes pas face à un mouvement citoyen pacifique mais coordonné par des groupes qui utilisent la violence dans la rue pour rompre la coexistence en Catalogne », a ajouté le gouvernement en promettant de « garantir la sécurité » avec « fermeté ».

En fin de soirée, l’élégante avenue du Paseo de Gracia à Barcelone, où la circulation était interdite, était jonchée de conteneurs en feu, ont constaté les journalistes de l’AFP. Des barricades étaient érigées dans des rues alentour tandis que des policiers poursuivaient des manifestants leur ayant lancé bouteilles ou objets incendiaires. Selon des images diffusées par la télévision régionale, des heurts ont également eu lieu à Gérone, Tarragone ou Lérida où, comme à Barcelone, les associations indépendantistes avaient appelé à manifester devant les bâtiments gouvernementaux.

Un « tsunami démocratique » sur l’aéroport

Lundi, la police antiémeute avait chargé à plusieurs reprises des centaines de militants tentant de pénétrer dans le terminal et jetant pierres et poubelles. La police a arrêté un manifestant, et 75 personnes ont été blessées, selon les services d’urgence de l’aéroport, qui n’ont pas précisé la gravité de ces blessures.

Cent dix vols ont été annulés, selon le gestionnaire aéroportuaire Aena, tandis que des voyageurs ont été contraints de quitter leurs véhicules sur l’autoroute pour rejoindre le terminal à pied avec leurs valises. A travers la région, dont le gouvernement est toujours contrôlé par les indépendantistes, des militants ont coupé des routes et des voies de chemin de fer.

Des condamnations qui relancent les tensions

Dans une région que le séparatisme maintient en ébullition depuis près de dix ans, ces condamnations relancent des tensions qui vont dominer les élections législatives du 10 novembre, les quatrièmes en quatre ans. L’ancien vice-président régional catalan Oriol Junqueras s’est vu infliger la plus lourde peine avec treize ans de prison pour sédition et détournement de fonds publics.

Des peines de neuf à douze ans de prison pour sédition, et détournements dans certains cas, ont frappé par ailleurs l’ancienne présidente du parlement catalan Carme Forcadell (11 ans et demi), les dirigeants des puissantes associations indépendantistes ANC et Omnium Cultural, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart (9 ans) et cinq anciens ministres régionaux (entre 10 ans et demi et 12 ans).

Les juges ont écarté le chef d’accusation plus grave de rébellion invoqué par le parquet qui avait requis jusqu’à vingt-cinq ans de prison pour Oriol Junqueras. Trois autres anciens membres du gouvernement catalan, qui étaient en liberté conditionnelle, ont eux été condamnés à des amendes de quelque 60.000 euros chacun pour désobéissance.