Menacé par la mafia napolitaine, Roberto Saviano veut quitter l'Italie

ENQUETE Le journaliste auteur du best-seller «Gomorra» vient de «fêter» ses deux ans sous protection policière...

M.Gr.

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L'écrivain Roberto Saviano, qui vit avec une escorte policière depuis 2006, était également présent à la lecture du verdict "pour montrer (qu'il n'avait) pas peur", a-t-il dit et il s'est félicité de ce jugement considéré comme "une victoire de la justice", invitant à ne "pas baisser la garde" dans la lutte contre la Camorra.
L'écrivain Roberto Saviano, qui vit avec une escorte policière depuis 2006, était également présent à la lecture du verdict "pour montrer (qu'il n'avait) pas peur", a-t-il dit et il s'est félicité de ce jugement considéré comme "une victoire de la justice", invitant à ne "pas baisser la garde" dans la lutte contre la Camorra. — Francesco Pischetola AFP

«Je quitterai l'Italie, au moins pour un certain temps, puis on verra après. Je pense avoir droit à une pause». Roberto Saviano a confié sa lassitude dans une interview à «La Repubblica» ce mardi.

«Je veux une vie, je veux une maison. Je veux tomber amoureux et boire une bière en public. Je veux prendre le soleil et marcher sous la pluie et rencontrer sans peur ma mère. Je veux rire et non parler de moi comme si j'étais un malade en phase terminale», a ajouté le jeune homme qui vit depuis deux ans avec une escorte de sept carabiniers.

Les événements se sont précipités lundi. Selon «la Republicca», quotidien où Saviano rédige régulièrement des chroniques, un repenti a affirmé que le clan des Casalesi voulait tuer d'ici à Noël l'auteur du livre-enquête «Gomorra»

«Ce livre a foutu le bazar»

Comme on rajoute un chapitre à un roman noir, le parquet antimafia de Naples a joint ces nouvelles menaces au dossier déjà épais du journaliste-écrivain de 29 ans.

«Ce livre a foutu le bazar», a confié le repenti à un officier de police judiciaire qui l'a rencontré le 27 septembre dernier. Il aurait déclaré que «d'ici décembre, le célèbre écrivain aurait été tué ainsi que son escorte, son livre ayant fait trop de bruit».

Voiture criblée de balles

Le clan des Casalesi est l'un des plus violents de la camorra. Il a forgé toute la vie de Roberto Saviano, né à Casal di Principe, au nord-ouest de Naples, ville qui a donné son nom à l’organisation mafieuse. A 13 ans, Roberto Saviano rencontre la mort en pleine journée, passant avec ses copains de classe devant la voiture criblée de balles d’un camorriste. Un policier ouvre la portière, le corps tombe.

Quelques années plus tard, le père de Saviano, un médecin de Casale di Principe, évacue vers l’hôpital le membre d’un «escadron» de la mafia, sérieusement blessé. Lourde erreur. Tant qu’il est vivant, on doit laisser une chance au camorriste diminué de terminer le travail. C’est une règle de la guerre des clans. Le père de Saviano sera violemment tabassé en représailles, il ne mettra pas le nez dehors, de honte, pendant de nombreuses semaines.

Six travailleurs Africains massacrés mi-septembre

Le Clan de Casalesi est toujours actif, bien que son chef Francesco «Sandokan» Schiavone ait été condamné à perpétuité en juin dernier après déjà dix années de procédure. Il est tenu pour responsable de la récente tuerie de Castel Volturno le 18 septembre dernier. Sept morts dont six travailleurs Africains. Sept membres de l’escadron soupçonné du massacre ont été arrêtés samedi par la police et les parachutistes italiens, sur ordre du parquet de Naples.

Saviano reste en tête de liste. Il rendra un jour des comptes pour avoir dévoilé à la face du monde les arcanes de la mafia napolitaine, et il le sait. Ne déclarait-il pas à «l’Express» en août dernier: «La mémoire de la Camorra est sans fin. Dernièrement, le propriétaire d'une auto-école a été tué, sept ans après avoir dénoncé une extorsion de fonds. Je n'ai pas peur de mourir. Je sais qu'ils me feront payer, peut-être dans dix ans, mais je sais que cela arrivera.»

«Résister, résister, résister»

«Leur rage à mon encontre n'est pas due au fait que j'ai dévoilé quelque chose. Cette organisation-là, composée de 13 clans, n'a jamais eu peur de cela, parce qu'elle est habituée à subir des procès. Non: ses membres craignent surtout l'attention de mes lecteurs. Plus ce livre est lu, plus cela les agace. 200.000 exemplaires, 300.000, 1 million, dans 43 pays, et ensuite le film. Quand ils ont commencé à perdre de l'argent dans des régions ou des pays où ils avaient des projets, les problèmes sont arrivés...», expliquait-il à «l’Express». «Que devrais-je faire? Continuer comme avant. Je n'ai pas d'autre choix que résister, résister, résister».

Lorsqu’on lui demande s’il lui arrive de détester son livre, Roberto Saviano répond invariablement: «Chaque matin.»