VIDEO. Equateur: La perspective d’un dialogue s’éloigne avec le regain des violences

CRISE Les indigènes, qui manifestent contre l’explosion des prix de l’essence, ont rejeté l’offre de dialogue du président Lenin Moreno

20 Minutes avec AFP

— 

Violences à Quito lors des manifestations du 11 octobre 2019.
Violences à Quito lors des manifestations du 11 octobre 2019. — Dolores Ochoa/AP/SIPA

La principale organisation indigène d’Equateur a rejeté vendredi l’offre de dialogue du président Lenin Moreno pour sortir de la crise provoquée par la hausse du prix de l’essence, à l’issue de nouvelles manifestations violentes à Quito. « Le dialogue qu’il promeut manque de crédibilité », a affirmé la Confédération des nationalités indigènes de l’Equateur (Conaie), ajoutant qu’elle n’y participerait qu’une fois « abrogé » le décret supprimant les subventions au carburant.

Un prêt du FMI de 4,2 milliards de dollars

Plus tôt, le chef de l’Etat avait en effet appelé, dans une allocution télévisée, les dirigeants de la Conaie à « dialoguer directement » afin de « trouver des solutions » à la crise déclenchée par sa décision d’augmenter de plus de 100 % les tarifs de l’essence, en échange d’un prêt du FMI de 4,2 milliards de dollars. « Il est indispensable de faire baisser la violence », avait ajouté le président, un libéral élu sous l’étiquette socialiste. L’organisation indigène lui a répondu que cette offre de dialogue « repose (…) sur l’un des pires massacres de l’histoire de l’Equateur ».

En dix jours, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait cinq morts, dont un dirigeant indigène, et plus de 2.000 blessés, selon le bureau du Défenseur du peuple, entité publique de défense des droits. Jeudi, les responsables indigènes, fer de lance de la contestation sociale, avaient mis fin aux contacts noués avec le gouvernement, sous la médiation de l’ONU et de l’Eglise catholique, et appelé à « radicaliser » les actions de protestation.

La police tire des balles en caoutchouc

Vendredi, de nouveaux heurts ont éclaté dans plusieurs endroits de la capitale, quadrillée par la police et l’armée. Aux abords du Parlement, des hommes cagoulés, s’abritant derrière des planches, ont lancé des pierres et fusées artisanales en direction de la police aux cris de « assassins ». La police a répliqué avec du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc. Des blessés ont été évacués par les manifestants sur des civières de fortune.

Confronté à la pire crise de son mandat, le président Lenin Moreno, élu en 2017, a transféré lundi le siège du gouvernement à Guayaquil (sud-ouest). L’état d’urgence a été décrété pour 60 jours, ainsi qu’un couvre-feu autour des institutions du pouvoir, avec 74.000 militaires et policiers ont été déployés.

Une déstabilisation venue du Venezuela ?

Les indigènes – qui représentent 25 % des 17,3 millions d’habitants, rejettent la suppression des subventions au carburant, qui les affecte de plein fouet : représentant 68 % des pauvres dans le pays, ils travaillent principalement dans l’agriculture et voient s’envoler les coûts de transport pour l’écoulement de leurs produits.

Lenin Moreno accuse son prédécesseur Rafael Correa (2007-2017), ex-allié devenu adversaire politique, d’avoir « activé » un « plan de déstabilisation » avec l’aide du président vénézuélien Nicolas Maduro. Depuis la Belgique, où il réside, l’ancien président a appelé les forces de sécurité à la désobéissance : « Elles ne peuvent pas continuer à réprimer leurs frères, en protégeant non pas la patrie, mais un gouvernement perdu par sa propre trahison, sa médiocrité et sa lâcheté ». En revanche, Washington a apporté son soutien aux « efforts du président Moreno ».