Chine: le calvaire d'un travailleur migrant, mort scotché sur le sol d’un wagon

FAIT-DIVERS Pris d'une crise de démence en plein voyage, on l'a attaché pendant près de dix heures. Il en est mort, dans une indifférence presque générale...

M.Gr.

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La Chine a inauguré samedi le train le plus haut du monde, qui relie pour la première fois le Tibet au reste du pays, salué par le président Hu Jintao comme un "miracle" dans l'histoire ferroviaire et un "nouveau succès" de la modernisation socialiste.
La Chine a inauguré samedi le train le plus haut du monde, qui relie pour la première fois le Tibet au reste du pays, salué par le président Hu Jintao comme un "miracle" dans l'histoire ferroviaire et un "nouveau succès" de la modernisation socialiste. — AFP/EyePress News

Cette terrible histoire agite le Web chinois. Elle s’est produite le 25 septembre dernier, à bord du train 1291. Plusieurs passagers de ce convoi maudit ont raconté sur l’Internet le calvaire de Cao Dahuo, scotché pendant une dizaine d’heures sur le sol. Jusqu’à en mourir.

Un journaliste du quotidien «Southern Metropolis Daily» a finalement enquêté sur ce drame. Voici ce qu’il a découvert (l’intégralité de son travail remarquable est ici, en anglais).

Cao Dahuo, 30 ans, marié et père de deux enfants est un travailleur migrant. Il se rend de Guangzhou, où il travaille, à Zunyi, dont il est originaire. Un voyage en train de 34 heures. Cao Dahuo, victime d'une crise de démence quelques jours plus tôt, est raccompagné dans sa ville natale par deux de copains.

Attacher avec un épais ruban adhésif

Dans le train, il est pris d’une panique soudaine. Il s'agite, il hurle «le ciel nous tombe sur la tête» en dialecte Guizhou, fait mine de se jeter par la fenêtre du wagon n°4. Mais ne s’en prend à personne. Ses amis se marrent.

Plusieurs passagers demandent pourtant au policier qui sécurise le convoi de prévenir le chef de train, afin qu’on attache Cao Dahuo. Le chef de train s’exécute, et avec des membres d’équipage, il va lier le voyageur avec un épais ruban adhésif. Rien à faire. Cao Dahuo se débat encore, et le chef de train rajoute du scotch sur les articulations, les pieds, les mains. Il le cloue littéralement au sol.

Membres contractés, visage pâle

Cao Dahuo geint toute la nuit pour qu'on le détache, mais personne ne bouge jusqu'au petit matin. A 9 heures, Cheng Zhunqiang, qui voyage dans le même wagon, remarque que les pieds de Cao sont contractés. Le jeune père de famille est pris de sueurs froides. Son visage est extrêmement pâle.

Le chef de train refuse pourtant de le libérer, il dit «assumer l'entière responsabilité» de sa décision. Cheng Zhunqiang lui répond, scandalisé: «Très bien. Vous êtes responsable, et j’en témoignerai.» Seule bonne âme du millier de passagers à avoir pris conscience de la situation, il emprunte alors un couteau et porte secours à Cao Dahuo.

Il essaie de lui donner à boire, mais le travailleur migrant est incapable d'absorber la moindre goutte de liquide. Sa langue a changé de couleur, ses pupilles sont dilatées, il ne réagit plus. Cheng Zhunqiang tente de le ranimer, mais il ne sent plus aucune pulsation chez Cao Dahuo.

13.000 euros de compensation pour la famille

A midi, le train s’arrête à la station de Laibin, dans la province de Guangxi. Le corps de Cao Dahuo est évacué par des policiers. Le chef de train est brièvement entendu, mais il repart avec son convoi.

Selon le journaliste du «Southern Metropolis Daily», le frère de la victime s'est vu offrir 120 000 yuans (environ 13 000 euros) de compensation de la part de l'entreprise de chemin de fer. Le chef du train a été suspendu de ses fonctions et il ferait finalement l'objet d'une enquête. A qui rendra compte la centaine d’autres personnes qui voyageaient dans le wagon n°4, assistant à l’agonie de Cao Dahuo?