Washington pourrait armer les tribus pour lutter contre les talibans

AFGHANISTAN Incapable d'enrayer la crise, les Américains pourraient, comme il y a trente ans avec les talibans, fournir des armes aux milices tribales...

Maud Descamps

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Camp militaire à Kunduz, Afghanistan, le 2 octobre 2008.
Camp militaire à Kunduz, Afghanistan, le 2 octobre 2008. — F. BENSCH / REUTERS

Face à l’aggravation de la situation en Afghanistan, pointée par des responsables des services secrets américains, Washington s’apprête à revoir sa politique pour lutter contre Al-Qaida. Trente ans après avoir armé les talibans contre les Soviétiques, les Américains envisageraient une collaboration accrue avec les chefs de tribus.

Selon le New York Times qui cite des responsables s'exprimant sous couvert d'anonymat, ayant eu accès à un projet de rapport détaillé et confidentiel, la situation en Afghanistan est dans «une spirale descendante», et des doutes sont émis sur les capacités du gouvernement afghan à enrayer la résurgence des talibans.

La méthode Petraeus

Après s’être longtemps opposée à un affaiblissement du pouvoir central, la Maison Blanche pourrait donc entamer une collaboration accrue avec les chefs de tribus afghans en leur fournissant des armes.

«Une démarche qui colle à la méthode Pétraeus (général de l’armée américaine chargé de superviser les opérations en Afghanistan), qui s’appuie sur les groupes sunnites tribaux», explique Didier Chaudet, spécialiste de l’Asie centrale et de l’Afghanistan à l’Ifri. «La question aujourd’hui est de savoir si les erreurs du passé se répèteront ou non», souligne-t-il.

En effet, armer des leaders tribaux représente une prise de risques non négligeable pour Washington, puisqu’il est difficile de connaître leurs objectifs à longs termes. «Ils se pourraient que certains finissent par se retourner contre les Américains», met en garde le spécialiste.

Un aveu de faiblesse de Washington

Selon le Washington Post, les «analystes ont conclu que les éléments reconstitués d'Al-Qaida et les talibans, sont en train de collaborer avec un réseau de plus en plus important de groupes militants, rendant la lutte contre les insurgés infiniment plus compliquée».

En se tournant vers les milices tribales, Washington prend donc des risques et commet «un aveu de faiblesse», souligne Didier Chaudet. «Si les milices armées ne sont pas suffisamment encadrées, il se pourrait, qu’un jour, des occidentaux sur le territoire afghan se fassent tuer par des armes occidentales», ajoute-t-il.

Un scénario périlleux, qui nécessitera une surveillance accrue de la part des Américains et de la coalition internationale dont le principal défi sera «de nouer un véritable contact» avec les chefs de tribus afin de ne pas perdre – une nouvelle fois- le contrôle de la situation.