Impeachment: Ces SMS de diplomates américains qui pourraient coûter cher à Trump

UKRAINEGATE Des messages publiés montrent l'insistance avec laquelle Washington a tenté de convaincre le président ukrainien d'enquêter sur le fils de Joe Biden

P.B. avec AFP

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Donald Trump au téléphone dans le bureau ovale de la Maison Blanche (illustration).
Donald Trump au téléphone dans le bureau ovale de la Maison Blanche (illustration). — Pete Marovich/SIPA

Depuis deux semaines, Donald Trump répète qu’il n’y a eu « ni pression ni quid pro quo [donnant-donnant] », et que sa conversation avec le président ukrainien était « parfaite ». Mais des SMS de diplomates américains en Ukraine rendus publics jeudi soir dans le cadre de l’enquête d’impeachment lancée par les démocrates semblent contredire les affirmations de la Maison-Blanche. Pour faire toute la lumière, les démocrates ont transmis vendredi une injonction officielle sommant la Maison-Blanche de leur livrer des documents liés à l’affaire ukrainienne d’ici le 18 octobre.

Le premier SMS a été envoyé par Kurt Voler, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour l’Ukraine à un conseiller du président ukrainien en juillet, juste avant le coup de téléphone du président américain :

« Entendu de la Maison-Blanche. Si président Z convainc Trump qu’il va enquêter, découvrir ce qui s’est passé en 2016, nous trouverons une date pour une visite à Washington. Bonne chance ! ».

« Ce qui s’est passé en 2016 » fait a priori référence à la demande de Donald Trump d’enquêter sur la firme de sécurité Crowdstrike. Il s’agit d’une théorie du complot régulièrement avancée par le président américain, selon laquelle le piratage des serveurs du parti démocrate n’a pas été réalisé par la Russie mais par l’Ukraine, et que Crowdstrike aurait couvert. C’est l’un des arguments avancés par les partisans du locataire de la Maison-Blanche pour discréditer l’enquête de Robert Mueller, quand bien même toutes les agences du renseignement américain ont désigné la Russie comme responsable, retraçant même certaines adresses IP jusqu’à un bâtiment du renseignement militaire russe.

« De la folie de suspendre l’aide »

L’autre message a été envoyé par un diplomate américain en Ukraine à l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne :

« Comme je l’ai dit au téléphone, je pense que c’est de la folie de suspendre l’aide sécuritaire en échange d’un coup main pour une campagne politique. »

Il s’agit de l’interprétation personnelle du diplomate, qui considère que le gel de 400 millions de dollars d’aide américaine à l’Ukraine quelques semaines avant le coup de téléphone était un moyen de faire pression sur Kiev – ce que Donald Trump dément.

« Epouvantable », selon Mitt Romney

Après ces nouvelles révélations, le sénateur républicain Mitt Romney, qui est considéré comme l’un des élus qui pourrait soutenir un impeachment démocrate, a réagi sur Twitter : « Selon toutes les apparences, les appels honteux et sans précédent du président américain à l’Ukraine et à la Chine à enquêter sur Joe Biden sont inacceptables et épouvantables. Quand le seul individu que le président Trump cible est un opposant politique en pleine nomination démocrate, il faut être crédule pour croire qu’il ne s’agit pas de quelque chose de politique. »

Donald Trump, lui, s’est montré combatif vendredi, laissant planer le doute sur sa coopération avec le Congrès dans ses investigations. « Je ne sais pas, cela dépendra des avocats », a-t-il déclaré à propos de l’envoi au Congrès de documents que lui réclament les démocrates. S’il ne s’y plie pas, l’opposition a menacé de le forcer à le faire par une injonction solennelle vendredi.