Brexit : Le Royaume-Uni peut-il (vraiment) quitter l’Union européenne au 31 octobre ?

DISCUSSIONS Même sans accord, le Royaume-Uni s’est dit prêt à sortir de l’Union européenne sans accord le 31 octobre, a averti le Premier ministre britannique, Boris Johnson

Manon Aublanc

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Jean-Claude Juncker et Boris Johnson
Jean-Claude Juncker et Boris Johnson — SIPA
  • Boris Johnson a présenté, ce mercredi, à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne son « offre finale » sur le Brexit.
  • A 29 jours de la date prévue pour le Brexit, le calendrier est très serré pour trouver un accord de divorce.
  • Mais le Premier ministre britannique a averti que le Royaume-Uni était prêt à une sortie de l’UE sans accord le 31 octobre en cas de rejet d’un « compromis » présenté par Londres.

A prendre ou à laisser. A moins d’un mois de la date officielle du Brexit, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a averti, ce mercredi, que le Royaume-Uni était prêt à sortir de l’Union européenne, le 31 octobre prochain, même sans accord, si sa proposition n’était pas acceptée par Bruxelles.

Lors de son arrivée au pouvoir en juillet, Boris Johnson avait promis que son pays sortirait coûte que coûte de l’Union européenne, le 31 octobre, la date butoir du Brexit. Le Royaume-Uni va-t-il vraiment sortir de l’Union européenne dans 29 jours ? 20 Minutes fait le point sur la situation.

Quelles sont les propositions de Boris Johnson ?

Boris Johnson a présenté, ce mercredi, son « offre finale » sur le Brexit à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Cette nouvelle proposition, qui porte sur la frontière irlandaise, doit permettre, selon Londres, d’éviter des contrôles douaniers physiques à la frontière. Ce plan, qui remplace le « backstop » décrié du précédent accord, prévoit que l’Irlande du nord appartienne à la même zone douanière que la Grande-Bretagne mais que la province britannique conserve les régulations de l’UE pendant une période de transition.

Le Premier ministre britannique a néanmoins averti Bruxelles : « Nous sortirons de l’UE le 31 octobre quoi qu’il arrive », a-t-il déclaré. En clair, si Bruxelles rejette l’offre de Londres, le Royaume-Uni est « prêt » à sortir de l’Union européenne, à cette date-là, sans accord. « On rentre dans la dernière ligne d’une négociation qui est technique et juridique, mais plus on avance vers la date butoir, plus la dimension politique prend de l’importance », explique Olivier de France, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste du Brexit.

Le Royaume-Uni peut-il vraiment sortir de l’Union européenne au 31 octobre ?

Plus important encore, BoJo a prévenu qu’en cas d’échec des négociations avec Bruxelles, il ne demanderait pas de report du Brexit. Pourtant, le 6 septembre dernier, le Parlement britannique a adopté une loi visant à bloquer une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord, également appelé « no deal ». Dans les faits, cette loi contraint Boris Johnson à repousser de trois mois la date du Brexit, prévu le 31 octobre, s’il ne trouve pas un accord de divorce avec l’Union européenne d’ici le 19 octobre, date du prochain sommet européen. « Cette loi fait parti des outils que le Parlement peut utiliser pour contraindre le Premier ministre », explique Olivier de France.

Mais pour le spécialiste, « Boris Johnson peut trouver une manière de court-circuiter le Parlement » : « Cette loi lui impose d’envoyer une demande écrite à l’Union européenne : mais il pourrait très bien chercher à tirer ensuite du chapeau un artifice juridique qui lui permette d’annuler cette demande ». Il s’agit d’une question « juridique, mais aussi politique », estime Olivier de France. « Si Boris Johnson essaye de contourner cette loi, ça veut dire qu’il est prêt à assumer politiquement l’idée de contourner la volonté du Parlement, et par extension, la volonté du peuple », détaille le chercheur, qui poursuit : « Si Boris Johnson contourne la volonté du Parlement, il faudra qu’il assume le fait qu’il est en train de contourner la représentation populaire. On est dans une sorte de procès en légitimité. Qui est le plus légitime ? La vox populi, le Parlement ou le gouvernement ? »

Ce chantage peut-il vraiment marcher avec Bruxelles ?

Que Bruxelles accepte ou non l’accord proposé par BoJo, le Royaume-Uni sortira au 31 octobre. Mais le chantage peut-il fonctionner avec l’Union européenne ? Après l’échec de l’accord négocié par Theresa May, rejeté à trois reprises par le Parlement britannique, Boris Johnson, lui, « a préféré utiliser la manière forte avec Bruxelles », explique le spécialiste du Brexit. « Son pari, c’est de menacer l’Union européenne d’une absence d’accord », poursuit Olivier de France, qui précise que « l’UE a toujours dit qu’elle préférait un accord à une absence d’accord ». « BoJo pense que si la menace d’une sortie sans accord devient crédible aux yeux de l’Union européenne, alors Bruxelles est susceptible de céder sur certaines de ses exigences, et d’accepter un compromis qui aille davantage dans le sens des Britanniques », ajoute-t-il.

Pour le spécialiste, la question du retour de la frontière entre l’Irlande du nord et la République d’Irlande reste primordiale dans les négociations. Bruxelles veut éviter le retour d’une frontière en Irlande entre la province britannique du Nord et la république membre de l’UE au sud : « C’est là où la menace de Boris Johnson sur une sortie sans accord a une certaine influence ». Car dans l’hypothèse d’un « no deal », la frontière entre les deux Irlande pourrait bien être rétablie. « Personne ne veut endosser la responsabilité face à l’Histoire de ne pas avoir réussi à trouver un accord », conclut Olivier de France.