Autriche: Sebastian Kurz favori des élections législatives

ANALYSE Selon les sondages, le chancelier sortant de 33 ans a de grandes chances de remporter le scrutin dimanche mais il devrait avoir les pires difficultés à former sa coalition

20 Minutes avec AFP

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Sebastian Kurz (à gauche) à Vienne le 28 septebre 2019.
Sebastian Kurz (à gauche) à Vienne le 28 septebre 2019. — Matthias Schrader/AP/SIPA

Des élections pour sortir du blocage. Après une crise politique inédite, l’Autriche retourne aux urnes dimanche et mise sur le chancelier sortant, Sebastian Kurz, pour prendre un nouveau départ, même si le favori des sondages risque d’avoir les pires difficultés à former sa coalition. A 33 ans, le chef des conservateurs autrichiens est sorti avec une popularité inaltérée de la tempête qui a emporté, en mai, son premier gouvernement formé avec le parti d’extrême droite FPÖ.

Le scandale de l’Ibizagate

Cette coalition nouée en décembre 2017, et qui se présentait comme un modèle à suivre pour l’Europe aux prises avec la montée des nationalismes, a implosé au bout de 18 mois. L’alliance droite/extrême droite n’a pas résisté à des révélations compromettantes pour le chef du FPÖ et numéro deux du gouvernement. Appelés aux urnes dans la foulée de ce scandale surnommé « l’Ibizagate », les Autrichiens plébiscitent le retour de Sebastian Kurz. Son parti, ÖVP, est crédité depuis des mois d’une large avance pour ces législatives anticipées, entre 33 % et 35 % d’intentions de vote, en hausse de 2,5 points par rapport aux élections de 2017. Les bureaux de vote ouvrent à 07h00 (même heure en France) pour 6,4 millions d’électeurs. Les premières estimations sont attendues peu après la clôture du scrutin à 17h00.

« Qui veut Kurz doit voter Kurz », proclament les affiches électorales des « Türkis » (turquoise), la couleur dont le dirigeant trentenaire a repeint le vénérable parti conservateur. Le surdoué de la politique autrichienne a pourtant « plus à perdre qu’à gagner », soulignait à la veille du scrutin le quotidien conservateur Die Presse. Car à la différence de 2017, Sebastian Kurz « a trois options possibles de coalition qui toutes lui déplaisent ». Il peut renouer une alliance avec l’extrême droite, revenir à la sage coalition avec les sociaux-démocrates – une formule usée par des décennies de cogestion –, ou bien opérer un virage à 180 degrés en s’alliant avec les écologistes et les libéraux. Toutes ces variantes sont risquées et laissent présager de longues semaines de négociations pour l’ex-chancelier, qui a promis à ses électeurs un retour à la stabilité.

Un nouveau chef pour le FPÖ

Pour sa part, le FPÖ s’est doté d’un nouveau chef, Norbert Hofer, après la brutale disgrâce de son prédécesseur, Heinz-Christian Strache. Ce dernier a dû démissionner de tous ses mandats après la diffusion d’une vidéo tournée en caméra cachée à Ibiza révélant des discussions compromettantes : à une femme se présentant comme la nièce d’un oligarque russe, il expliquait comment financer le FPÖ de façon occulte. Dans ce contexte, le parti nationaliste, fondé par d’anciens nazis dans les années 1950, sent le soufre aux yeux de nombreux élus conservateurs. Il peut néanmoins toujours compter sur une solide base électorale puisque les sondages le créditent d’environ 20 % d’intentions de vote, au coude à coude avec les sociaux-démocrates pour la seconde place.

Un partisan de Norbert Hofer durant un meeting déjà Vienne le 27 septembre 2019.
Un partisan de Norbert Hofer durant un meeting déjà Vienne le 27 septembre 2019. - Omar Marques / SOPA Image/SIPA

Les Verts pourraient intégrer une alliance

Autre force politique avec laquelle il faudra compter : les Verts. Après une campagne où les enjeux climatiques ont remplacé la question migratoire qui avait dominé les législatives de 2017, ils devraient faire leur retour au parlement dimanche, crédités d’un score de 11 à 13 %. Sebastian Kurz « a fait des propositions sur les sujets environnementaux, car il n’exclut pas, après avoir incarné la fermeté sur l’immigration, d’ajouter une nouvelle corde à son arc en incarnant une écologie conservatrice », analyse le politologue Patrick Moreau.

Le leader du parti les Verts, Werner Kogler, sur une affiche électorale à Vienne le 26 septembre 2019.
Le leader du parti les Verts, Werner Kogler, sur une affiche électorale à Vienne le 26 septembre 2019. - Omar Marques / SOPA Images/Sipa

Les Verts se disent prêts à discuter d’une alliance avec les conservateurs et les libéraux du parti Neos, mais les concessions de part et d’autre devraient être si nombreuses, sur l’environnement et l’immigration notamment, que ce scénario laisse beaucoup d’observateurs sceptiques. Une coalition entre trois partis serait une première en Autriche.