Zimbabwe: L’ancien président Robert Mugabe enterré en famille dans son village

FUNÉRAILLES Le pouvoir en place voulait une cérémonie dans la capitale mais la famille, qui n’a pas digéré le coup d’Etat, a préféré se replier sur ses terres

20 Minutes avec AFP
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Un soldat devant un portrait de Robert Mugabe, lors des funérailles de l'ancien président à Kutama le 28 septembre 2019.
Un soldat devant un portrait de Robert Mugabe, lors des funérailles de l'ancien président à Kutama le 28 septembre 2019. — Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

En enterrant Robert Mugabe dans sa propriété de Kutama, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Harare, sa famille a gagné son bras de fer contre le pouvoir en place. L’ancien maître absolu du Zimbabwe pendant près de quarante ans a en effet été enterré samedi sans pompe officielle dans son village natal du nord du pays, entouré de sa seule famille et du maigre dernier carré de ses fidèles. Recouvert du drapeau national, son cercueil a été enseveli dans une cour poussiéreuse de sa propriété devant quelques centaines de proches.

Des chants et des danses pour un dernier hommage

Emmenés par sa veuve, Grace Mugabe, entièrement vêtue de noir, les membres de sa famille ont jeté des roses blanches sur sa dépouille, pendant que la chorale du lycée local entamait une série de chants. De nombreuses personnes présentes avaient revêtu un T-shirt blanc barré des mots « libérateur », « père fondateur » ou « porte-drapeau » et ont rendu hommage à Robert Mugabe par des chants et des danses, avant une dernière messe. « Nos cœurs saignent parce que nous avons perdu notre père », a déclaré un prêtre catholique dans son homélie, « cet homme vivra toujours car il est une légende ».

La veuve de Robert Mugabe (assise au centre), devant le cercueil de l'ancien président le 28 septembre 2019.
La veuve de Robert Mugabe (assise au centre), devant le cercueil de l'ancien président le 28 septembre 2019. - Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

Hormis une poignée d’élus locaux, les dirigeants du pays ont donc préféré briller par leur absence lors de la cérémonie, conséquence de la guerre qui les a opposés depuis trois semaines à la famille de Robert Mugabe autour du lieu de son inhumation. Aux autorités qui entendaient bien l’inhumer en grande pompe au Panthéon des « héros » de la « lutte de Libération » à Harare, la famille a opposé sa volonté de le faire reposer à Kutama. Le gouvernement a cru un temps l’emporter en annonçant que Robert Mugabe serait enterré au « Champ des héros » sous un mausolée à construire. Mais, à la surprise générale, il a été finalement contraint de capituler et de laisser partir le corps de l’ancien chef de l’Etat dans son village.

Une rancune tenace

Cette bataille a illustré les vives tensions qui opposent depuis bientôt deux ans les fidèles de l’ex-président à son successeur. Jusqu’à son dernier souffle, Robert Mugabe a nourri une rancune tenace envers Emmerson Mnangagwa, placé à la tête du pays après la démission du vieux président sous la contrainte de l’armée et de son parti, la Zanu-PF, en novembre 2017. « Nous n’avons fait que respecter ses volontés », a plaidé lors de la cérémonie une des sœurs de Grace Mugabe, Shuvai Gumbochuma. « Il a dit lui-même qu’il ne voulait pas être enterré au Champs des héros », a-t-elle ajouté, « je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu qu’il avait été insulté ».

« Héros » de l’indépendance devenu despote, Robert Mugabe s’est éteint le 6 septembre à l’âge de 95 ans dans un luxueux hôpital de Singapour où il se faisait soigner depuis des années. Contraint à la démission il y a deux ans par un coup de force de l’armée et de son parti, il a laissé derrière lui un pays meurtri par la répression et ruiné par une crise économique sans fin qui a plongé une large part de sa population dans la misère.