Accusé de corruption par Donald Trump, que faisait le fils de Joe Biden en Ukraine?

POLEMIQUE Hunter Biden a siégé au conseil d'administration d'une compagnie gazière ukrainienne pendant que son père était vice-président, une proximité qui pose des questions, même si les différentes enquêtes n'ont pas révélé d'irrégularités

P.B. avec AFP

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Hunter Biden, fils du candidat démocrate Joe Biden, en 2012.
Hunter Biden, fils du candidat démocrate Joe Biden, en 2012. — Pablo Martinez Monsivais/AP/SIPA

La vérité est ailleurs. Depuis le début des révélations sur son coup de fil au président ukrainien, Donald Trump insiste : le vrai scandale, c’est « celui de Joe Biden qui a demandé au gouvernement ukrainien de virer un procureur qui enquêtait sur son fils. » Si Hunter Biden a bien siégé au conseil d’administration d’une compagnie gazière ukrainienne, et qu’un procureur a bien été limogé, les autorités ukrainiennes n’ont signalé aucune irrégularité ni de lien entre les deux affaires.

Cet épisode est indirectement lié à la procédure d’impeachment engagée par les démocrates contre Donald Trump. En juillet dernier, le président américain a en effet demandé à son homologue ukrainien d’enquêter sur le fils de Joe Biden, au nom, assure-t-il, de la lutte contre la corruption. Mais les démocrates accusent le président américain d’avoir sollicité l’aide d’une puissance étrangère pour interférer dans l’élection de 2020.

Ivy League et cocaïne

Si Beau Biden, décédé des suites d’une tumeur au cerveau en 2015, était le fils qui devait marcher dans les pas de son père, le cadet, Hunter, a toujours été le rebelle. Avocat de formation, Hunter Biden, 49 ans, est diplômé des prestigieuses universités de Georgetown et de Yale. Il travaille d’abord pour un cabinet d’avocats new-yorkais et co-fonde la société de conseil en investissement Rosemont Seneca Partners. Il devient réserviste de l’US Navy en 2012 mais en est renvoyé en 2014 après avoir été testé positif à la cocaïne. Les tabloïds américains font régulièrement leurs choux gras de ses problèmes d’addiction et de sa vie personnelle tumultueuse. Dans un portrait du New Yorker, il raconte qu’après la mort de son frère, il a « touché le fond » à Los Angeles, achetant notamment du crack à un sans-abri. Après un séjour en rehab, il a eu une liaison avec la veuve de son frère.

Mission pour une entreprise ukrainienne controversée

A partir d’avril 2014 – alors que son père était vice-président de Barack Obama – Hunter Biden rejoint le conseil d’administration de l’entreprise ukrainienne Burisma. Grand producteur privé de gaz, Burisma est enregistré à Chypre, paradis fiscal, cas fréquent dans l’espace post-soviétique. Le groupe annonce à l’époque qu’Hunter Biden sera chargé de le représenter auprès des « organisations internationales ». Lui-même dit vouloir conseiller le groupe sur la « transparence » alors même que son père est en charge, entre autres, des relations avec l’Ukraine.

Mais Burisma est une entreprise controversée. Fondée en 2002, elle appartient à l’homme d’affaires Mykola Zlotchevsky, plus tard député du prorusse « Parti des Régions ». De 2010 à 2012, il est ministre de l’Environnement du président prorusse Viktor Ianoukovitch.

Pas de lien entre le limogeage du procureur et la mission d’Hunter Biden

Interrogés par l’AFP, deux experts ukrainiens de l’énergie ont indiqué n’avoir vu aucune trace de quelconques activités, suspectes ou non, de Hunter Biden en Ukraine. Certains médias estiment que sa présence dans le conseil de surveillance de Burisma jusqu’en 2019 devait protéger la compagnie de poursuites judiciaires.

Tout se complique avec le limogeage du procureur Viktor Chokine, dont Joe Biden, grand promoteur des réformes en Ukraine, avait exigé la tête en évoquant ses piètres résultats contre la corruption. Son départ était également demandé par l’Union européenne et le FMI, entre autres, tous désireux d’écarter ce procureur accusé de couvrir la corruption dans son pays.

Chokine enquêtait-il sur Hunter Biden ? Selon Bloomberg, une enquête avait été ouverte sur Burisma mais elle était dormante depuis plus d’un an et ne visait pas spécifiquement le fils du vice-président. Le successeur de Chokine, Yuri Lutsenko, a repris l’enquête sur l’entreprise et indiqué au Washington Post qu’Hunter Biden n’avait « enfreint aucune règle ukrainienne. » Selon les médias américains, son travail en Ukraine aurait toutefois déplu à Barack Obama, à cause du potentiel conflit d’intérêts entre les Biden père et fils.