VIDEO. Impeachment: Pourquoi la menace est cette fois sérieuse pour Donald Trump

DECRYPTAGE Si une destitution est peu probable, les démocrates pourraient tenter de voter un impeachment du président américain d'ici la fin novembre et peser sur la campagne

Philippe Berry

— 

Donald Trump arrive à Washington à bord d'Air Force One, le 26 septembre 2019.
Donald Trump arrive à Washington à bord d'Air Force One, le 26 septembre 2019. — Evan Vucci/AP/SIPA

La Maison Blanche en état de siège. Donald Trump a survécu à Stormy Daniels et à Robert Mueller. Mais après avoir tergiversé pendant des mois, les démocrates ont lancé mardi une procédure d’impeachment contre le président américain. Et la publication de la conversation dans laquelle le président américain demande à son homologue ukrainien d’enquêter sur le fils de Joe Biden, mercredi, puis celle de la plainte du lanceur d’alerte, jeudi, ont un peu plus amplifié la crise.

Le président américain, lui, tweete à tout va – 87 tweets et retweets en 48 heures – pour assurer qu’il n’y a eu « aucune pression » sur l’Ukraine, et que la procédure « d’impeachment » est une « blague ». S’il n’a, en effet, presque aucune chance d’être destitué (les républicains ont la majorité au Sénat), Donald Trump pourrait devenir le troisième président américain de l’histoire « impeached » (mis en accusation) par la Chambre, après Andrew Jackson et Bill Clinton. Avec un impact pour l’instant encore difficile à mesurer sur l’élection de 2020.

Un vote sur l’impeachment à la Chambre d’ici fin novembre ?

Tout est en train de s’accélérer. En une semaine, le coup de fil de Donald Trump au président ukrainien a fuité dans le Washington Post et le Wall Street Journal, le président américain a reconnu qu’il avait parlé du fils de Joe Biden avec Zelensky, Nancy Pelosi a officialisé l’ouverture d’une enquête d’impeachment, la conversation entre les chefs d’Etat et la plainte du lanceur d’alerte ont été publiées et le directeur du renseignement a témoigné devant le Congrès. Le whistleblower, qui serait selon le New York Times, membre de la CIA, pourrait, lui, être entendu par les élus en début de semaine prochaine.

Les démocrates, qui avaient déjà ouvert de nombreuses enquêtes contre Donald Trump, ne veulent pas perdre de temps. Il n’y a pas de calendrier exact, mais ils pourraient rédiger des articles officiels d’impeachment (par exemple « abus de pouvoir », « obstruction à la justice » ou « violation de la loi sur le financement électoral pour avoir sollicité quelque chose de valeur d’une puissance étrangère ») au cours des deux prochains mois. Selon le Washington Post, ils tablent sur un vote à la Chambre d’ici la fin novembre, avant Thanksgiving. En fine tacticienne, Nancy Pelosi ne se serait sans doute pas lancée dans la bataille si elle ne pensait pas avoir le soutien du caucus démocrate le moment venu. « Je serais surpris s’ils ne votent pas un impeachment de Donald Trump », estime Chris Edelson, professeur de sciences politiques à l’université américaine de Washington.

L’impeachment divise mais l’opinion américaine semble bouger

C’est peut-être l’élément le plus inquiétant pour Donald Trump. L’impeachment divise certes toujours radicalement l’opinion américaine mais le curseur semble soudain bouger. Selon un sondage réalisé ces deux derniers jours pour NPR, 49 % des Américains sont favorables à un impeachment de Donald Trump et 46 % contre. Selon une autre étude pour Politico, c’est même la parfaite égalité, 43-43. Mais cela représente un changement net de 17 et 13 points en faveur de l’impeachment par rapport à avril et à la semaine dernière, une tendance qui a encore besoin d’être confirmée par d’autres sondages récents.

Il est possible que Donald Trump réussisse à se poser en martyr et mobilise sa base en vue de 2020, comme l’expliquait à 20 Minutes Laurence Nardon, responsable du programme Amérique du Nord de l’Ifri. Mais son électorat s’était déjà fortement mobilisé en 2016, sa marge de progression est donc limitée. Les démocrates, eux, pourraient en revanche profiter de l’impeachment pour galvaniser les jeunes et les minorités, qui ne s’étaient pas vraiment rendus en masse dans les bureaux de vote pour Hillary Clinton. La bataille sera totale.