Scandale de l’appel entre Trump et le président ukrainien : Les coulisses des communications entre chefs d’Etat

COUP DE FIL QUI FÂCHE La transcription de l’appel de Volodymyr Zelensky à Donald Trump, à l'origine d'une procédure d'impeachment, n'est pas un verbatim mais un résumé des notes prises par des conseillers du président américain

20 Minutes avec AFP
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Donald Trump au téléphone (illustration).
Donald Trump au téléphone (illustration). — Pete Marovich/SIPA

La transcription de la conversation téléphonique entre Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, au cours de laquelle le premier aurait demandé au second d’enquêter sur son adversaire Joe Biden, lève le voile sur les discussions généralement secrètes des présidents américains avec les autres dirigeants.

Un contenu top secret, publié des années plus tard

Si les rencontres bilatérales entre chefs d’Etat sont fréquemment précédées d’une séance de discussions de propos convenus sur les relations « étroites », « excellentes » ou « spéciales » entre leurs pays sous l’œil des caméras, le contenu des discussions elles-mêmes est considéré comme top secret et n’est publié que des années plus tard, pour les livres d’histoire.

Pour les conversations téléphoniques des présidents américains, le secret est encore plus étroitement gardé, puisque la Maison-Blanche ne publie plus systématiquement la liste des appels téléphoniques du chef de l’exécutif. La bibliothèque présidentielle de Bill Clinton a ainsi publié il y a un an les transcriptions déclassifiées des appels téléphoniques et des rencontres bilatérales de Bill Clinton avec Boris Eltsine du 23 janvier 1993 jusqu’à la démission du président russe le 31 décembre 1999.

Pas un verbatim, mais un résumé des notes des conseillers

En publiant mercredi la transcription de l’appel de Volodymyr Zelensky à Donald Trump, la Maison-Blanche a précisé qu’il s’agissait « non du verbatim » mais d’un « mémorandum de conversation téléphonique » élaboré à partir des notes prises par des conseillers du président, chargés d’écouter la conversation depuis la « situation room », salle ultrasécurisée située au sous-sol de la Maison-Blanche.

« C’est une pratique établie de longue date, destinée non seulement à garder une trace de l’appel mais aussi à protéger le président au cas où un dirigeant ou un gouvernement étranger raconterait des mensonges flagrants sur cet appel », a expliqué sur Twitter Larry Pfeiffer, un ancien directeur de la situation room sous Barack Obama, qui a géré de nombreux appels présidentiels.

« De la transcription complète au vague compte rendu »

Les conversations téléphoniques du président américain ne sont plus enregistrées depuis longtemps, a ajouté Larry Pfeiffer, qui a aussi été chef de cabinet du directeur de la CIA, avant de souligner que ces notes ne sont pas forcément exhaustives, car elles vont, selon les sujets discutés et l’interlocuteur, « de la transcription complète, légèrement revue, au vague compte rendu sommairement rédigé ».

Tel que rendu public par l’exécutif américain mercredi, l’échange entre les présidents montre que les deux dirigeants, qui ne se sont alors jamais rencontrés, cherchent à créer une relation personnelle. « Félicitations pour une grande victoire », déclare en préambule Donald Trump, qui a le privilège d’ouvrir la discussion avec l’ancien acteur de 41 ans, qui vient d’être élu à la tête de l’Ukraine.

Entre obséquiosité et flagornerie

Même si Volodymyr Zelensky reproche à demi-mot à Donald Trump de ne pas lui parler assez souvent, l’échange reflète la relation asymétrique entre le milliardaire américain et le président ukrainien, qui oscille entre l’obséquiosité, quand il se dit d’accord « à 1.000 % » avec lui, et la flagornerie, quand il lui annonce être « descendu à la Trump Tower » lors de son dernier séjour à New York. La publication de cet échange a d’ailleurs provoqué de vives réactions en Ukraine où certains le qualifient de « honte » pour Kiev.

Le document de la Maison-Blanche précise que la discussion a duré une demi-heure et montre que lorsque Volodymyr Zelensky annonce que l’Ukraine veut acheter des lance-missiles antichar Javelin, le président américain lui répond : « J’aimerais que vous nous rendiez un service. » Un échange que l’un des leaders démocrates, Adam Schiff, a qualifié de comportement « mafieux ».